Développement durable, Environnement, Faune et Parcs Bandeau du ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs
Accueil Plan du site Pour nous joindre Portail gouvernemental A propos du site Recherche English

Étude sur la qualité de l'eau potable dans sept bassins versants en surplus de fumier et impacts potentiels sur la santé

Sommaire

5. Synthèse

5.1. Volet environnement

5.1.1. Puits individuels
5.1.2. Sources municipales d’approvisionnement en eau potable

5.2. Volet santé

5.2.1. Exposition de la population
5.2.2. Risque de maladies entériques aiguës
5.2.3. Problèmes de santé reliés aux nitrates

5.3. Forces et limites de l’étude

6. Recommandations


5. Synthèse

Dans l’ensemble, l’étude permet de tracer un portrait ponctuel rassurant à l’égard de la qualité de l’eau et des risques à la santé auxquels sont confrontés les résidents de la zone d’agriculture intensive des sept bassins versants. Néanmoins, les écarts qu’on a observés dans les résultats entre la zone d’agriculture intensive et la zone témoin constituent un avertissement suffisant pour nous inciter à la vigilance et à l’action.

5.1. Volet Environnement

5.1.1. Puits individuels

Rivière Boyer - Source : Lyne Pelletier, MENVLes résultats obtenus constituent une première étude détaillée sur la qualité de l’eau souterraine en relation avec les activités agricoles au Québec. Au total, plus de deux mille échantillons d’eau (2 070) ont été prélevés dans des puits individuels sur le territoire de sept bassins versants qui regroupent la majorité des activités agricoles au Québec, surtout en ce qui a trait à l’élevage porcin ou bovin, et où l’eau de surface est affectée par des concentrations excessives de phosphore et d’azote (notamment sous les formes de nitrites et nitrates).

Les résultats observés, relativement à l’influence possible des activités agricoles sur la qualité de l’eau, sont différents pour les nitrates et pour les microorganismes. Il y a une plus grande proportion de puits affectés par les nitrates dans la zone d’agriculture intensive que dans la zone témoin, et cette proportion est plus importante encore dans les puits de surface que dans les puits profonds. Cependant, l’étude réalisée sur le territoire la MRC de Montcalm n’a pas permis d’établir de lien entre la vulnérabilité de la nappe et les concentrations en nitrates dans les puits privés.

En revanche, la distribution des microorganismes est uniforme sur l’ensemble du territoire, que ce soit dans la zone d’agriculture intensive ou dans la zone témoin. De plus, l’occurrence de microorganismes dans les puits d’approvisionnement en eau potable est très sensible à la saisonnalité et se manifeste indépendamment de la dynamique habituelle de l’eau souterraine. L’étude démontre ainsi que la dynamique de migration des microorganismes dans le sol et les caractéristiques du milieu qui la contrôlent sont encore imparfaitement connus.

5.1.2. Sources municipales d’approvisionnement en eau potable

Il y a très peu d’études au Québec qui portent spécifiquement sur la qualité des sources municipales d’approvisionnement en eau potable. La présente étude livre notamment un portrait instantané de la qualité des approvisionnements municipaux en eau souterraine et en eau de surface situées sur le territoire à l’étude.

Cent quarante-quatre sources d’approvisionnement ont été étudiées (94 en eau souterraine et 50 en eau de surface). De façon générale, les niveaux de contamination qui ont été observés ne sont pas alarmants même si certains paramètres peuvent être présents à des niveaux notables. En eau souterraine, les concentrations d’azote ammoniacal et la fréquence d’une contamination bactériologique sont plus élevées dans les captages situés dans la zone d’agriculture intensive. Lorsque les approvisionnements en eau de surface se font dans les rivières, ce sont les concentrations de nitrates et de phosphore total qui sont plus élevées. De plus, dans la zone d’agriculture intensive, une corrélation a pu être établie entre la présence de bactéries E. coli et les nitrates alors que ce n’est pas le cas pour la zone témoin.

Haut

5.2. Volet santé

5.2.1. Exposition de la population

Sur le territoire étudié, la consommation moyenne d’eau du robinet à domicile est de 1,2 L par jour par adulte et elle est comparable à ce qui est rapporté dans la littérature. Cette consommation est semblable dans les deux territoires, peu importe le type de source utilisé (puits, réseau privé ou réseau public). On peut donc dire qu’aucun effet particulier n’a été observé dans la zone d’agriculture intensive quant aux quantités d’eau consommées. La proportion de personnes consommant de l’eau embouteillée (le plus souvent en complément à l’eau du robinet) est de 25 % dans la zone d’agriculture intensive. Elle est de 33 % dans la zone témoin où la population s'approvisionne principalement aux réseaux publics où la consommation d’eau en bouteille est généralement plus élevée. Cette situation est corroborée par le fait que les répondants ont une perception légèrement meilleure de la qualité de l’eau des puits privés que de celle des réseaux publics.

Chez les nourrissons résidant sur le territoire en surplus, la consommation moyenne d’eau est d’environ 0,7 L par jour et elle est comparable aux rares données citées dans la littérature. Un peu plus de 60 % des nourrissons âgés de 2 mois, qui sont nourris surtout au lait reconstitué, consomment de l’eau du robinet.

La consommation d’eau du robinet dans les populations étudiées n’est nullement négligeable et elle justifie qu'on étudie les risques de contamination qu'elle présente pour la santé humaine. Cependant, le niveau moyen d’exposition aux contaminants qui sont présents dans l’eau reste faible. Pour les nitrates, la fréquence des cas de contamination avec dépassement de la norme d’eau potable (10 mg/L-N) est faible (2,6 %). Toutefois, quelques personnes peuvent être exposées à des niveaux dépassant plus de deux fois la norme actuelle. Quant aux aspects microbiologiques, les puits privés dont l’eau était contaminée étaient rares pendant la période à l’étude alors que le suivi qu'on a fait pendant six mois dans 93 puits a montré la présence d’indicateurs de contamination fécale dans plus de 20 % des cas, pendant certaines périodes qui sont plus propices à la contamination.
5.2.2. Risque de maladies entériques aiguës

D’une part, l’étude sur les risques de contracter une gastro-entérite chez les familles qui utilisent l’eau d’un puits domestique a été menée auprès de plus de 900 familles résidant dans la zone d’agriculture intensive pendant le mois de mai 2002. Elle n’a révélé aucune augmentation dans la fréquence de diarrhées ou de gastro-entérites pour ce groupe, comparativement à celui des 241 familles résidant dans la zone témoin. Cependant, on ne peut pas extrapoler, à partir de ces résultats, pour d’autres périodes de l’année durant lesquelles les puits sont plus susceptibles d'être contaminés.

D’autre part, l’étude concernant les hospitalisations et les maladies à déclaration obligatoire, couvrant la période de 1995 à 1999, montre que 90 % des cas d’hospitalisation pour maladies entériques potentiellement transmissibles par l’eau sont d’origine inconnue, et que 4 % sont d’origine animale. Dans cette dernière catégorie, l’étude révèle que généralement les populations résidant dans la zone d’agriculture intensive ont un taux plus élevé de maladies entériques pouvant être dues à une transmission par l’eau. Toujours dans la zone d’agriculture intensive, l’on retrouve un taux plus élevé de maladies entériques d’origine inconnue chez les enfants de moins de 5 ans vivant dans des municipalités où les puits privés ou les réseaux d’eau non chlorée prédominent. Mentionnons que d’autres causes peuvent expliquer une occurrence plus élevée dans la zone d’agriculture intensive : alimentation, hygiène ou encore contact direct avec les animaux.

5.2.3. Problèmes de santé reliés aux nitrates

Une évaluation du risque, pour laquelle on a tenu compte de la consommation d’eau des enfants, des adultes et du niveau de contamination de l’eau par les nitrates, révèle que le risque pour la population résidant dans la zone d’agriculture intensive est considéré comme très faible. En effet, bien que la consommation d’eau sur le territoire étudié soit importante, les niveaux observés de contamination sont généralement trop faibles pour entraîner un risque pour la santé. Cependant, cette évaluation vaut pour la population dans son ensemble. Dans des cas particuliers, il est toujours possible que des populations qui consomment une eau dont la concentration en nitrates dépasse la norme actuelle s’exposent à un risque accru d'avoir des problèmes de santé. C’est le cas, entre autres, pour les nourrissons qui sont particulièrement vulnérables à la méthémoglobinémie.

La surveillance de l’eau des puits privés semble encore peu fréquente, malgré les efforts que le ministère de l’Environnement avait déployés pour faciliter aux propriétaires de puits privés l’accès aux analyses de E. coli et de nitrates. En effet, l’enquête réalisée auprès des parents de jeunes nourrissons révèle que seulement 34 % des familles qui donnaient à leur enfant de l’eau provenant de puits privés avaient fait tester leur eau pour détecter la présence de nitrates au cours de l’année ayant précédé l’enquête.

Haut

5.3. Forces et limites de l’étude

Indéniablement, cette étude a ses point forts et certaines caractéristiques méritent d'être soulignées : l'importance de l’échantillon et la diversité des sources étudiées, à savoir 2 070 puits privés, 144 sources d’approvisionnement municipales et 1 164 familles étudiées; la qualité des analyses de laboratoire et des questionnaires utilisés; l’étude portant sur la consommation d’eau chez les populations des territoires; l’étude des problèmes de santé chez les participants à l’étude sur les puits; l’étude sur les hospitalisations et les maladies déclarées aux directions de santé publique; les analyses statistiques et la méthodologie qui ont servi à évaluer les risques associés aux nitrates.

Cependant, il faut mentionner plusieurs facteurs qui réduisent la portée de l’étude. D’une part, le bilan de phosphore utilisé pour mesurer l’intensité de la production animale n’est pas un indicateur précis. D’autre part, l’évaluation de la qualité de l’eau était limitée à un seul échantillonnage (effectuée en majeure partie en mai 2002 pour les puits individuels et en août 2002 pour les sources municipales). Le suivi que l'on a fait des 93 puits pendant six mois montre que le portrait de la qualité de l’eau, sur le plan microbiologique, peut varier, de façon notable, selon la saison. Compte tenu de la grandeur du territoire et de son hétérogénéité, cette caractérisation n’a permis de dresser qu’un portrait général de la situation.

L’analyse de la qualité des sources municipales d’approvisionnement en eau potable repose sur un nombre relativement faible de réseaux (94 en eau souterraine et 50 en eau de surface). La sélection de ces réseaux s’appuie sur une évaluation macroscopique des sources de pollution puisqu’elle repose uniquement sur le bilan phosphore des municipalités et sur l’importance des zones cultivées pouvant recevoir des fumiers. De plus, aucune vérification concernant l’absence ou la présence réelle de sources de pollution potentielles, qu’elles soient agricoles, municipales ou industrielles, n’a eu lieu sur le terrain.

L’étude sur les hospitalisations et les maladies déclarées a été menée en complément de celle effectuée sur les participants étudiés qui consomment de l'eau de puits. La période de référence était beaucoup plus longue (1995-1999) et l’étude tenait compte non seulement des populations utilisant un puits privé mais aussi des populations desservies par un réseau d’eau potable. Cependant, compte tenu du caractère écologique de l'étude (un facteur qui empêche de prendre en compte les caractéristiques individuelles des participants), cette étude n’a pas permis de tirer de conclusions sur l’origine définitive des risques microbiologiques et de définir la part provenant de l’alimentation, du contact direct, du manque d’hygiène et de la production animale. Elle évoque cependant la possibilité d’un impact engendré par les activités de production animalesqui devra être élucidé par d’autres études.

Finalement, même si l’évaluation des risques associés aux nitrates a permis de recourir aux données sur la toxicité des nitrates citées dans la littérature, il reste que les connaissances actuelles sur les précurseurs des composés nitrosés, sur le métabolisme des nitrates, nitrites et nitrosamines, et sur l’action de co-facteurs, sont malheureusement très limitées.

Haut

6. Recommandations

Les recommandations ci-dessous visent à élucider certains problèmes qu'on a observés, à préciser les incertitudes résultant des limites inhérentes à l’étude actuelle et à proposer des interventions en conséquence :

  1. Rivière Chaudière - Source : Michel Boulianne, MENVPoursuivre les efforts d’amélioration des pratiques agricoles puisqu’un lien significatif a été établi entre la présence de nitrates dans l’eau des puits privés en concentration d’au moins 3 mg/L-N et la zone d’agriculture intensive. Ce résultat est en soi un avertissement puisque le seuil qui a été utilisé atteste de l'influence indéniable des activités anthropiques bien qu’il soit sous le critère de potabilité de 10 mg/L-N. L’accroissement observé de la concentration en nitrates indique qu’il y a un impact non négligeable des activités humaines sur la qualité de l’eau souterraine. Un constat similaire découle des résultats obtenus de l’échantillonnage des sources d’approvisionnement des réseaux municipaux de distribution d’eau potable.
  2. Entreprendre une étude systématique des zones où l’on retrouve l’azote ammoniacal pour préciser l’origine de cette contamination puisque les résultats obtenus dans les sources d’approvisionnement municipales montrent que la concentration d’azote ammoniacal est plus élevée dans les sources souterraines localisées dans les municipalités situées en zone d’agriculture intensive que dans les municipalités en zone témoin.
  3. La dynamique de migration des microorganismes dans le sous-sol s’est avérée nettement distincte des mouvements de l’eau souterraine. Cette constatation oblige à entreprendre de nouvelles recherches pour trouver quels facteurs contrôlent le déplacement dans le sol des microorganismes, autant celui des bactéries que celui des virus. Si on ne comprend pas cette dynamique, on aura de la difficulté à élaborer des stratégies efficaces pour protéger les sources d’approvisionnement en eau potable des résidences privées.
  4. Des études seront nécessaires pour préciser et documenter davantage quelle est l’origine de la pollution microbiologique (humaine ou animale) afin d’identifier formellement la nature des activités anthropiques responsables de la contamination des sources d’approvisionnement en eau potable
  5. Un suivi périodique (environ aux cinq ans) de la qualité de l’eau souterraine devrait être mis en place dans la zone d’agriculture intensive pour mesurer l’impact qu'ont les pratiques agricoles et leur évolution puisque la campagne d’échantillonnage des puits individuels livre un portrait à un moment précis de la situation, pour les sept bassins versants. Ainsi, la variabilité dans le temps de la qualité de l’eau souterraine et son évolution ne sont pas connues et ne peuvent pas être déduites à partir de cette étude.
  1. La suite logique à un projet global comme celui-ci serait d’identifier des zones vulnérables à la contamination de l’eau souterraine, et pas seulement de l’eau de surface comme cela se fait couramment. De plus, il faudrait inclure dans l’étude l’identification des facteurs locaux responsables de la contamination des puits privés (ex. : configuration des puits, fonctionnement de la fosse septique, proximité avec des activités d’élevage ou d’épandage).
  2. Des études épidémiologiques plus approfondies de type cohorte et cas-témoins devraient être menées dans la zone d’agriculture intensive. Elles viseraient à évaluer plus précisément le lien entre la consommation d’eau et les risques de maladies entériques. Ces études devraient porter surtout sur les enfants et se dérouler dans les secteurs où prédominent les puits privés et les réseaux dont l'eau n'est pas chlorée ou dont les traitements ne semblent pas donner des résultats optimums. Elles devraient aussi être menées à proximité des zones d’épandage et sur de plus longues périodes de temps.
  3. Puisque la contamination des puits privés par des microorganismes et les nitrates peut occasionner certains problèmes de santé, il serait important d’utiliser des moyens efficaces pour inciter la population en milieu rural à surveiller davantage la qualité de l’eau des puits privés. La mise sur pied d’un programme d’inspection des installations de captage pour faire des recommandations aux propriétaires contribuerait aussi à maintenir la qualité de l'eau.
  4. La modélisation démontre qu'il faudrait approfondir nos connaissances sur le risque associé à l’exposition aux nitrates qui sont présents dans l’eau de consommation. Des recherches menées en laboratoire devraient permettre de mieux comprendre les mécanismes d’action des nitrates et leur métabolisme. Par ailleurs, on devrait mener des études épidémiologiques chez les enfants et les adultes pour mieux évaluer les risques pour les nourrissons d'être affectés de méthémoglobinémie, et les risques pour les adultes exposés de façon chronique à ces substances de contracter le cancer.
  5. De façon plus générale, on devrait faire des études plus approfondies sur les risques potentiels associés aux activités de production agricole (animales et végétales). En ce qui concerne les risques liés à la contamination de l’eau, il faudrait tenir compte d’autres risques potentiels qui ne sont pas évalués dans la présente étude : transmission de microorganismes, présence de produits pharmaceutiques ou autres contaminants chimiques.

Retour à l'index/Étude de la qualité de l'eau potable Section précédente - Résultats


Gouvernement du Québec
© Gouvernement du Québec, 2018