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Étude sur la qualité de l'eau potable dans sept bassins versants en surplus de fumier et impacts potentiels sur la santé

Sommaire

4. Résultats

4.1. Caractérisation de l’eau souterraine dans les sept bassins versants
4.2. Influence de la vulnérabilité des aquifères sur la qualité de l’eau des puits individuels dans la MRC de Montcalm
4.3. Caractérisation des sources municipales d’approvisionnement en eau potable dans les sept bassins versants en surplus de fumier
4.4. Étude de la consommation d’eau dans la population adulte
4.5. Étude de la consommation d’eau chez les nourrissons
4.6. Étude du risque de gastro-entérite chez les familles utilisant l’eau d’un puits domestique
4.7. Incidence des maladies entériques potentiellement transmissibles par l’eau : analyse des hospitalisations et des cas déclarés aux directions de santé publique 1995-1999
4.8. Évaluation du risque à la santé pour la population exposée aux nitrates présents dans l’eau potable

4.1. Caractérisation de l’eau souterraine dans les sept bassins versants

Sur les 1 260 échantillons qui ont été analysés, 33 (2,6 %) ont dépassé la norme de potabilité de 10 mg/L-N (nitrites-nitrates) et 143 (11,3 %) ont dépassé 3 mg/L-N. Vingt échantillons (1,6 %) ont montré la présence de E. coli, 72 (5,7 %) d’entérocoques et 3 (0,2 %) de virus coliphages.

La proportion de puits dont l'eau présente une concentration d’au moins 3 mg/L-N est plus élevée dans la zone d’agriculture intensive que dans la zone témoin. Autrement dit, l’activité en surface a des répercussions sur l’eau souterraine qui se manifestent clairement en termes de nitrites-nitrates. Cependant, ces répercussions sont plus faibles dans le cas des puits profonds que dans celui des puits de surface. Quant aux microorganismes, les tests réalisés n'ont pas démontré de lien entre la présence des indicateurs microbiologiques analysés et l’agriculture intensive.

De façon générale, les puits qui sont affectés, que ce soit par les microorganismes ou par les nitrates (≥ 3 mg/L-N), sont des ouvrages de surface (moins de 8 mètres de profondeur). De plus, les puits affectés sont indépendants les uns des autres et sont souvent séparés par des distances de plusieurs kilomètres, ce qui indique que les sources de contamination sont locales. Enfin, seulement 18 puits (1,4 %) étaient affectés à la fois par des nitrites-nitrates et par des bactéries, ce qui suggère des dynamiques, sinon des sources différentes, pour ces deux indicateurs.

La figure 1 présente le pourcentage de puits ayant des concentrations de nitrates ≥ 3 mg/L-N et le pourcentage de puits qui présentent au moins un indicateur de contamination microbiologique, selon le type de puits et la zone d’échantillonnage. Les puits de surface, dans la zone d’agriculture intensive, sont les plus touchés puisque plus de 25 % dépassent le seuil de 3 mg/L-N.
 

Figure 1 : Sommaire des résultats de la caractérisation des puits domestiques

Figure 1 : Sommaire des résultats de la caractérisation des puits domestiques

 

 

Suivi mensuel

Le suivi mensuel qui a été réalisé, de juillet à novembre 2002, dans 93 puits domestiques (la plupart échantillonnés aussi en mai), donne les indications suivantes : la qualité chimique de l’eau mesurée par les nitrates est pratiquement constante au cours de cette période et les faibles variations ne sont pas liées aux activités saisonnières. Cependant, le suivi des indicateurs microbiologiques indique que la contamination bactérienne est plus fréquente en été, avec un maximum en août, alors qu'elle est moindre en mai et à l’automne. De plus, contrairement aux nitrates, cette contamination est sporadique, c’est-à-dire qu'elle peut survenir une fois seulement ou, si elle se produit plus d’une fois, ce n'est pas nécessairement pour des mois consécutifs.

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4.2. Influence de la vulnérabilité des aquifères sur la qualité de l’eau des puits individuels dans la MRC de Montcalm

Pour les nitrites-nitrates, l’analyse statistique n’a pas révélé de lien entre la proportion d’échantillons dont la concentration est d’au moins 3 mg/L-N et la vulnérabilité, une fois qu'on a fait abstraction de l’effet des autres caractéristiques du puits ou de son environnement considérés dans l’étude. Cependant, il est difficile de distinguer l’effet du type de puits sur la proportion de puits affectés en nitrites-nitrates de l’effet de la vulnérabilité. En effet le type de puits, qui est tributaire des caractéristiques du milieu, intègre plusieurs des paramètres considérés dans le calcul d’un indice de vulnérabilité.

En ce qui concerne les microorganismes, l’analyse statistique montre qu’il n’y a pas de lien entre la vulnérabilité et la contamination des puits profonds (plus de 8 mètres), puisque la proportion de puits contaminés est similaire dans les trois zones de vulnérabilité. Par contre, pour les puits de surface et les captages de source, le portrait est plus nuancé puisqu'il faut tenir compte de l’activité agricole pour tirer des conclusions sur l’influence de la vulnérabilité sur la contamination microbiologique. Lorsqu'il y a présence d’activité agricole, la proportion de puits de surface contaminés par des microorganismes tend à être plus élevée dans les zones de forte vulnérabilité que dans les zones de moyenne ou de faible vulnérabilité, bien que ce lien ne soit pas statistiquement significatif. Au contraire, en l'absence d’activité agricole, la proportion de puits de surface contaminés par des microorganismes est nettement plus faible dans les zones de forte vulnérabilité que dans les zones de moyenne ou de faible vulnérabilité. Cette apparente contradiction dans les résultats met en lumière les facteurs multiples pouvant influencer le niveau de contamination d’un puits : intégrité du puits, aménagement de ses alentours, proximité de la source de contamination, topographie, caractéristiques physiques du sol, comportement des microorganismes, etc.

4.3. Caractérisation des sources municipales d’approvisionnement en eau potable dans les sept bassins versants en surplus de fumier

Dans les approvisionnements en eau souterraine, les résultats de cette étude montrent que les concentrations d’azote ammoniacal sont plus importantes dans la zone d’agriculture intensive que dans la zone témoin. Une différence statistiquement significative a aussi été mise en évidence entre le pourcentage de sources contaminées au niveau bactériologique dans la zone d’agriculture intensive (16 %) et ce pourcentage dans la zone témoin (2 %).

Pour l’eau de surface, les sources d’approvisionnement en rivières, situées dans la zone d’agriculture intensive, présentent des concentrations plus élevées de nitrites-nitrates et de phosphore total que celles situées dans la zone témoin. En outre, pour ces sources d’approvisionnement, une corrélation positive entre les bactéries E. coli et les nitrites-nitrates a été observée dans la zone d’agriculture intensive. Cette corrélation n’a pas été établie pour la zone témoin.

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4.4. Étude de la consommation d’eau dans la population adulte

À domicile, la consommation moyenne d’eau du robinet était légèrement plus élevée chez les résidants du territoire en surplus de fumier (1,24 L/jour) comparativement à ceux du territoire témoin (1,14 L/jour) (p ≤ 0,001). À l’inverse, la proportion de consommateurs d’eau embouteillée était plus faible dans la zone d’agriculture intensive (25 %) que dans la zone témoin (33 %). Ces différences semblent être principalement attribuables à la source d’alimentation en eau potable qui différait selon les deux territoires. En effet, la proportion de puits privés dans la zone d’agriculture intensive était plus grande et la consommation moyenne d’eau du robinet était plus élevée pour ceux qui s’approvisionnaient via un réseau ou un puits privé que pour les gens qui s'approvisionnaient via un réseau public. Ainsi, lorsque l’on tenait compte de la source d’approvisionnement en eau potable, la consommation d’eau du robinet n’était plus différente entre les deux territoires.

Plus de 80 % des participants considéraient de bonne à très bonne la qualité de l’eau du robinet et les gens résidant dans la zone d’agriculture intensive la percevaient un peu mieux. Cette différence semble attribuable aux sources d’alimentation en eau potable qui diffèrent selon les territoires étudiés. En effet, la qualité de l’eau provenant des puits privés était légèrement mieux perçue que celle desservie par les réseaux publics. Quant à l’eau souterraine non chlorée, elle était aussi un peu mieux perçue que l’eau chlorée. Par ailleurs, plus de 80 % des répondants considéraient que le risque associé à la consommation d’eau du robinet était nul ou peu élevé.

4.5. Étude de la consommation d’eau chez les nourrissons

Rivière L'Assomption - Source : Lyne Pelletier, MENVParmi les 642 nourrissons, 393 (61,2 %) consommaient de l’eau à l’âge de 8 semaines. De ces derniers, 4,6 % étaient nourris surtout au lait maternel, 3,1 % recevaient principalement du lait prêt à servir, 21,6 % recevaient à la fois du lait maternel et des préparations lactées reconstituées et 70,7 % recevaient surtout des préparations lactées reconstituées (72,7 % dans la zone d’agriculture intensive et 64,6 % dans la zone témoin). Pour ce groupe de 70,7 %, on utilisait l’eau du robinet chez 60,1 %, en proportion équivalente pour chaque territoire, et la quantité moyenne d’eau du robinet consommée était de 682 ± 241 mL, soit 126 ± 44 mL/kg, une quantité équivalente pour les deux territoires. Les moyennes de consommation d’eau du robinet étaient semblables entre les résidants s’approvisionnant par un puits privé ou par un réseau public.

Par ailleurs, les parents considéraient généralement que la qualité générale de l’eau du robinet était bonne ou très bonne et ceci dans une plus grande proportion pour ceux qui résidaient dans la zone d’agriculture intensive (90,2 %) que pour ceux dans la zone témoin (83,7 %). Cet écart était attribuable à une plus grande proportion de puits dans la zone d’agriculture intensive et au fait que ces consommateurs avaient une opinion plus favorable de l’eau de puits (91,7 %) comparativement à ceux des réseaux publics (83,6 %). Quant à la perception d’un risque pour la santé des nourrissons lié à leur consommation d’eau du robinet, elle était plus fréquente chez les parents dont l’eau provenait d’un réseau public (28,3 %) que chez ceux qui s'approvisionnaient à un puits privé (17,9 %). Par ailleurs, pour les parents qui utilisaient, pour leur nourrisson, l’eau du robinet provenant d’un puits, privé, la fréquence de vérification de la qualité de l’eau du puits au cours de l’année ayant précédé l’enquête, était faible mais néanmoins plus grande dans la zone d’agriculture intensive, soit 36,4 % comparativement à 21,8 % dans la zone témoin.

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4.6. Étude du risque de gastro-entérite chez les familles utilisant l’eau d’un puits domestique

La prévalence de symptômes de gastro-entérite était similaire dans les deux groupes de municipalités qui ont été étudiés. En effet, 9,5 % des personnes résidant dans la zone d’agriculture intensive ont rapporté des symptômes de gastro-entérite durant les 2 semaines de la période de l’enquête, comparativement à 9,6 % pour le groupe résidant dans la zone témoin. En tenant compte des différents facteurs de risque de gastro-entérite évalués, le risque de gastro-entérite restait le même dans les deux groupes de municipalités. De plus, il n’y avait pas de lien entre les symptômes de gastro-entérite et la consommation d’eau de robinet ou la proximité de sources potentielles de contamination des puits (fosse septique et épandage des fumiers et lisiers). On n'a pas observé de lien entre le territoire de résidence et la prévalence de diarrhée au cours de l’année qui a précédé l’enquête.

4.7. Incidence des maladies entériques potentiellement transmissibles par l’eau : analyse des hospitalisations et des cas déclarés aux directions de santé publique 1995-1999

  • Hospitalisations

Sans faire de distinction entre les territoires de résidence, on a observé que 90 % des maladies entériques aiguës qui ont nécessité une hospitalisation avaient une étiologie inconnue, les diagnostics les plus fréquents étant la gastro-entérite et la colite. Les taux d’hospitalisation étaient les plus élevés pour les moins de 5 ans et les 65 ans et plus.

Pour les hospitalisations consécutives à des infections potentiellement transmissibles par l’eau, autant pour les cas dont l’étiologie est inconnue (90 %) que pour ceux d'origine potentiellement animale (4 %), le risque était plus élevé dans les municipalités de la zone d’agriculture intensive que dans les municipalités de la zone témoin. Pour les infections potentiellement d’origine animale, ces résultats ont été observés dans les municipalités dont la majorité de la population s'approvisionnait par des puits privés. Quant aux infections d’origine inconnue, chez les enfants de moins de 5 ans, les taux sont plus élevés dans la zone d’agriculture intensive, quelle que soit la source d’approvisionnement (réseaux s’approvisionnant en eaux de surface ou souterraines ou puits privés), de même que dans les municipalités qui s'approvisionnaient par un réseau public dont l'eau est non chlorée.

  • Maladies à déclaration obligatoire

Pour les infections par maladies entériques à déclaration obligatoire, 93 % des cas étaient des infections transmissibles par voie hydrique et potentiellement d’origine animale. Cinquante pour cent des cas seraient attribuables à la bactérie Campylobacter sp. On observe ces maladies le plus souvent chez les enfants.

En général, le risque d’infection par maladies entériques à déclaration obligatoire, transmissibles par l’eau et possiblement d’origine animale, n’était pas différent qu’il s’agisse de municipalités de la zone d’agriculture intensive ou de municipalités de la zone témoin. Cependant, lorsque la majorité de la population s’approvisionnait en eau par des puits privés et dans les municipalités avec un réseau d’aqueduc dont l'eau est chlorée, le risque était plus élevé pour les enfants de moins de 5 ans dans les municipalités situées dans la zone d’agriculture intensive que dans les municipalités situées dans la zone témoin.

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4.8. Évaluation du risque à la santé pour la population exposée aux nitrates présents dans l’eau potable

À la lumière des résultats obtenus à la suite des simulations, il s’avère qu’aux concentrations de nitrates mesurées dans les territoires étudiés, il est peu probable d’observer une augmentation des niveaux de méthémoglobine chez les nourrissons. Cependant, lorsqu'il s'agit de considérer les puits un à un, la prudence reste de mise puisqu’un faible pourcentage de ceux-ci dépassait la norme des nitrates dans l’eau potable (10 mg/L-N) et que parmi ces derniers, certains présentaient des concentrations supérieures à 20 mg/L-N.

Les études épidémiologiques et le modèle toxicocinétique développé pour cette étude montrent que des concentrations de cet ordre peuvent être associées au risque de développer une méthémoglobinémie.

D’après l’évaluation du risque cancérigène associé aux nitrates, les concentrations de nitrates qu'on a mesurées lors de la campagne d’échantillonnage des puits ne sont pas plus susceptibles d'accroître le risque de cancer que les quantités de NDMA présentes dans les aliments. D’après l’estimation quantitative des risques de contracter un cancer, l’excès de risque associé à la formation dans l’estomac de NDMA, NDEA et NPYR est très faible et peut être considéré comme négligeable (le chiffre est inférieur à un cas de cancer en excès pour un million de personnes qui ont consommé cette dose pendant toute leur vie).

Puisqu'on a mesuré de faibles concentrations de nitrates dans les puits des territoires étudiés, les différentes évaluations du risque qu'on a effectuées démontrent que les dangers que courent les populations résidant dans la zone d’agriculture intensive sont en général très faibles, et ce, autant pour la méthémoglobinémie que pour le cancer.

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