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Réduction du phosphore dans les rejets d’eaux usées d’origine domestique

Position du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP)

Énoncé de position ministérielle

Introduction

  1. Historique et évolution des exigences de rejet en phosphore

  2. Objectifs de la position ministérielle

  3. Plans d’eau visés par la position ministérielle

  4. Exigences de rejets

  5. Application de la position du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs


 

10 juillet 2009

Énoncé de la position ministérielle

Face au développement de la problématique des algues bleu-vert dans les plans d’eau du Québec, le gouvernement du Québec a adopté le Plan d'intervention sur les algues bleu-vert.

Dans ce plan d'intervention, le gouvernement du Québec recommande, entre autres, l’implantation d'équipements qui permettent de réduire les rejets en phosphore dans le milieu récepteur (action 2.5), et ce, aux endroits où ce milieu le requiert.

La position du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs concernant la réduction du phosphore dans les rejets d’eaux usées s’applique à ceux de nature domestique, d’origine municipale, institutionnelle ou privée. Elle se résume ainsi :

  • La réduction des concentrations de phosphore dans les eaux usées rejetées dans les eaux de surface est exigée lorsque la protection des usages du milieu récepteur le requiert.
  • La meilleure technologie disponible, compte tenu des contraintes techniques, économiques et environnementales, doit être mise en place pour réduire les concentrations de phosphore dans les eaux usées.

Bien que les débordements de réseaux d’égouts puissent être une source de phosphore pour les milieux récepteurs, la position ministérielle ne cible pas cette problématique particulière.

Cette position ne s’applique pas aux rejets des résidences isolées qui sont déjà encadrés par le Règlement sur l’évacuation et le traitement des eaux usées des résidences isolées.

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Introduction

Au Québec comme ailleurs, l'industrialisation, l'urbanisation, l'intensification des activités agricoles et la densification de l'occupation du territoire ont engendré, au fil des ans, une détérioration de la qualité des eaux de surface. Seules les parties supérieures des bassins versants peu touchés par l'activité humaine demeurent encore dans un état quasi naturel.

Outre les problèmes occasionnés par d’autres formes de pollution (organique, toxique, microbiologique et visuelle), l'intégrité des eaux de surface peut être altérée par l’apport de fertilisants, tout particulièrement de phosphore. La présence de phosphore accroît la prolifération de plantes et d’algues qui peuvent nuire aux organismes et aux activités aquatiques, ainsi qu’à la production d’eau potable, ce qui entraîne l’eutrophisation des lacs. Les milieux riches en phosphore sont propices à la prolifération d’algues bleu-vert.

La problématique des algues bleu-vert dans les plans d’eau est un phénomène complexe qui a pris de l’ampleur au cours des dernières années et qui ne pourra être résolu à très court terme. Pour contrer ce problème, le gouvernement du Québec a adopté le Plan d'intervention sur les algues bleu-vert. Ce plan d’intervention gouvernemental vise notamment à mieux comprendre le phénomène, à en atténuer les effets et à éviter que la situation ne se dégrade.

Parmi les orientations prises à l'intérieur du Plan d'intervention gouvernemental sur les algues bleu-vert, le gouvernement du Québec préconise, aux endroits où le milieu récepteur le requiert, l’implantation d'équipements qui permettent de réduire les rejets en phosphore dans le milieu récepteur. Dans ce plan d’action, le gouvernement s’est engagé à minimiser les apports en phosphore, notamment par les actions suivantes (actions 2.5):

  • Munir d’équipements de déphosphatation les ouvrages municipaux de traitement des eaux usées se déversant dans un lac ou en amont d’un lac lorsque de tels équipements ne sont pas présents.
  • Réviser les exigences de rejet des ouvrages de traitement des eaux usées se déversant dans un lac ou en amont de celui-ci lorsque des équipements de déphosphatation sont présents et que la technologie le permet.

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1. Historique et évolution des exigences de rejet en phosphore

L'approche suggérée dans la présente position ministérielle est conséquente avec celle prise jusqu’à maintenant au Québec dans le cadre des travaux d’assainissement des eaux. En effet, depuis les années 1980, la déphosphatation des eaux usées a été mise en place lorsque les objectifs environnementaux de rejet (OER) formulés par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) l’imposaient. En 2007, il y avait 355 stations d'épuration municipales, représentant 77,5 % du débit total d’eaux usées traitées, qui procédaient à la réduction du phosphore (source : MAMR, 2008).

La présente position ministérielle vise à accentuer les efforts de déphosphatation pour les ouvrages de traitement qui rejettent leurs eaux usées traitées dans les milieux récepteurs sensibles à ce contaminant, en vue de limiter la prolifération de plantes et d’algues.

Les avantages de cette solution sont multiples. Mentionnons les suivants :

  • Les acquis et les investissements des programmes d’assainissement des eaux (PAEQ et autres) sont consolidés.
  • Elle contribue à la consolidation et à la récupération des usages sensibles du milieu récepteur.
  • Les exigences en phosphore sont rationalisées en fonction des besoins du milieu récepteur (seulement aux endroits requis et durant les périodes nécessaires), ce qui évite des dépenses peu ou pas profitables ainsi que la consommation inutile de produits chimiques et la génération inutile de boues chimiques.
    À la lumière des renseignements précédents, la position du MDDEP sur la réduction du phosphore dans les rejets d’eaux usées se résume ainsi :
  • La réduction des concentrations de phosphore dans les eaux usées rejetées dans les eaux de surface est exigée lorsque la protection des usages du milieu récepteur le requiert, et ce, durant les périodes de l’année où cette protection est nécessaire.
  • La meilleure technologie disponible, compte tenu des contraintes techniques, économiques et environnementales, doit être mise en place pour réduire les concentrations de phosphore dans les eaux usées.

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2. Objectifs de la position ministérielle

L’objectif principal visé à travers l’énoncé de la position du MDDEP est de définir une action structurée afin de favoriser la mise en place de technologies de déphosphatation appropriées aux endroits où elles sont requises en vue de limiter la prolifération de plantes et d’algues dans les lacs et cours d’eau, ainsi que de récupérer de nombreux usages récréatifs et utilitaires associés à la ressource eau.

La position du MDDEP sur la déphosphatation des eaux usées d’origine domestique définit ainsi les exigences de rejet en phosphore qui sont adéquates en fonction :

  • de la sensibilité du milieu récepteur;
  • des limitations technologiques;
  • des contraintes économiques;
  • des contraintes reliées au développement du territoire municipal;
  • des contraintes législatives.

3. Plans d’eau visés par la position ministérielle

Afin de structurer les interventions proposées, le MDDEP a défini les catégories de lacs suivantes :

  • Les lacs prioritaires : plans d'eau qui ont présenté des épisodes importants ou récurrents d’algues bleu-vert, ou jugés très sensibles au phosphore (Liste des lacs répertoriés).
    • Pour les stations qui rejettent leurs effluents dans ces lacs ou en amont de ceux-ci, une mise à niveau des équipements de déphosphatation devra être effectuée pour réduire significativement la charge en phosphore qui y est déversée (Liste des ouvrages municipaux concernés).
  • Les lacs préoccupants : plans d'eau qui ont présenté des épisodes localisés d’algues bleu-vert ou sans épisode d’algues bleu-vert, mais où les apports en phosphore sont jugés problématiques à long terme (Liste des lacs répertoriés).
    • Pour les stations qui rejettent leurs effluents dans ces lacs ou en amont de ceux-ci, une optimisation du procédé de déphosphatation devra être effectuée pour réduire les rejets en phosphore pour les ouvrages qui doivent déjà respecter une exigence de rejet; si l’optimisation du procédé s’avère insuffisante, une mise à niveau des équipements de déphosphatation devra être effectuée. Des équipements de déphosphatation devront être installés si les ouvrages de traitement n’en sont pas déjà dotés (Liste des ouvrages municipaux concernés).
  • Les lacs sous surveillance : plans d'eau sans épisode d’algues bleu-vert, mais où le phosphore doit faire l’objet d’un certain contrôle (Liste des lacs répertoriés).
    • Pour les stations qui rejettent leurs effluents dans ces lacs ou en amont de ceux-ci, une optimisation du procédé de déphosphatation devra être effectuée pour réduire les rejets en phosphore pour les ouvrages qui doivent déjà respecter une exigence de rejet. Des équipements de déphosphatation devront être installés si les ouvrages de traitement n’en sont pas déjà dotés (Liste des ouvrages municipaux concernés).
  • Les lacs exclus : plans d'eau caractérisés par une très faible pression humaine ou par des conditions géographiques qui les rendent peu sensibles aux apports en phosphore (Liste des lacs répertoriés).

Selon ces catégories, le MDDEP a classé, dans une liste (Liste des lacs répertoriés), les lacs :

  • qui ont fait l’objet de restrictions d’usages en 2007 et 2008 en raison d’une émergence de fleurs d’eau d’algues bleu-vert;

  • dans lesquels des ouvrages d’assainissement municipaux des eaux usées se déversent (directement ou dans le bassin versant en amont du lac). La liste n’inclut pas tous les lacs du Québec.

Cette liste (Liste des lacs répertoriés) doit être mise à jour de façon continue lorsqu’un avis de restriction d’usages, justifié par une émergence de fleurs d’eau d’algues bleu-vert, touche un lac non classé et que l’effluent d’un nouvel ouvrage d’assainissement ou d’un ouvrage d’assainissement en voie d’être modifié devra être déversé dans un lac non classé ou en amont de celui-ci.

La liste (Liste des lacs répertoriés) sera mise à jour par la Direction du suivi de l’état de l’environnement (DSEE) lorsque des demandes d’objectifs environnementaux de rejet (OER) pouvant avoir un impact sur un lac lui seront adressées ou que le ministère de la Santé et des Services sociaux émettra un avis de restriction d’usages d’un nouveau lac.

Les bassins versants qui subissent une pression anthropique élevée et des apports en phosphore importants sont classés « en surplus de phosphore » (Bassins versants en surplus de phosphore). Les rivières situées dans des bassins en surplus de phosphore et qui ne se déversent pas dans un lac ont été incluses dans la position ministérielle, puisque des épisodes d’algues bleu-vert ont été observés dans plusieurs de ces rivières. Pour les stations de traitement qui déversent leur effluent dans ces bassins, des équipements de déphosphatation devront être installés si les ouvrages de traitement n’en sont pas déjà dotés (Liste des ouvrages municipaux concernés).

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4. Exigences de rejets

L’infiltration dans le sol de l’effluent d’un système de traitement devrait toujours être la solution privilégiée lorsque les conditions s’y prêtent. Quand l’infiltration n’est pas possible, les eaux usées traitées peuvent être rejetées dans un cours d’eau si les conditions s’y prêtent.

La déphosphatation des eaux usées doit être mise en place lorsque le milieu récepteur le requiert, et ce, durant les périodes où cette protection est nécessaire. Cette exigence de déphosphatation s’applique à tous les rejets d’eaux usées domestiques d’origine municipale, institutionnelle ou privée qui se déversent dans des milieux sensibles au phosphore (lacs, amonts de lacs, réservoirs et baies fermées), dans des bassins versants en surplus de phosphore ou dans des cours d’eau où les objectifs environnementaux de rejet (OER) le requièrent. Les OER, qui sont définis par la DSEE du Ministère, sont basés, d’une part, sur les caractéristiques hydrodynamiques des cours d’eau récepteurs et d’autre part, sur le maintien des usages actuels et la récupération de ceux qui sont naturellement souhaitables.

Afin de définir clairement la position du Ministère par rapport aux efforts de réduction du phosphore dans les rejets des ouvrages de traitement des eaux usées, les exigences de rejet en phosphore pour l’ensemble des stations existantes et à venir sont résumées sommairement au tableau 1.

TABLEAU 1          

Exigences de rejet* en phosphore Total pour les rejets d'eaux usées d'origine domestique

Point de rejet Exigences de rejet(1) (2)
Nouveaux rejets(5) Rejets existants(5) Période
Dans un lac Prioritaire Aucun nouveau rejet Q < 20 m3/d : 1 mg/L
20 m3/d < Q < 66,7 m3/d : 20 g/d
Q > 66,7 m3/d : 0,3 mg/L
Annuelle

Préoccupant

Q < 20 m3/d : 1 mg/L
20 m3/d < Q < 200 m3/d : 20 g/d
Q > 200 m3/d : 0,1 mg/L
Q < 20 m3/d : 1 mg/L
20 m3/d < Q < 66,7 m3/d : 20 g/d
Q > 66,7 m3/d : 0,3 mg/L
Sous surveillance

Q < 20 m3/d : 1 mg/L
20 m3/d < Q < 66,7 m3/d : 20 g/d
Q > 66,7 m3/d : 0,3 mg/L

0,5 à 1,0 mg/L(3)

Amont d'un lac Prioritaire Q < 20 m3/d : 1 mg/L
20 m3/d < Q < 200 m3/d : 20 g/d
Q > 200 m3/d : 0,1 mg/L(4)

Q < 20 m3/d : 1 mg/L
20 m3/d < Q < 66,7 m3/d : 20 g/d
Q > 66,7 m3/d : 0,3 mg/L

Préoccupant

0,5 à 1,0 mg/L(3)
Sous surveillance 0,5 à 1,0 mg/L(3)
Lacs exclus Aucune exigence

 

Bassins versants en surplus de phosphore 0,5 à 1,0 mg/L(3) Semi-annuelle
Autres cours d'eau 1,0 mg/L
(si requise en fonction des OER)

(1) L'exigence de rejet est établie lors des demandes d’autorisation de nouveaux rejets ou pour l’autorisation de modifications à un ouvrage de traitement existant.
(2) L’exigence doit aussi être définie en charge moyenne journalière sur la période.
(3) L'exigence de rejet sera fixée selon le traitement en place (voir le tableau 2).
(4) Dans certains cas, il pourrait être justifié de refuser certains nouveaux rejets.
(5) Nouveau rejet : tout projet de traitement d’eaux usées d’origine domestique qui, malgré l’application des nouvelles exigences, entraîne une augmentation de la charge en phosphore déversée au lac.
Rejet existant : projet de traitement d’eaux usées d’origine domestique qui réduit la charge en phosphore déversée au lac.

Selon le suivi effectué sur les différentes installations de traitement des eaux usées municipales du Québec et les informations disponibles sur le suivi de différentes installations au Canada et aux États-Unis, les exigences de rejet des installations de traitement avec déphosphatation peuvent être basées sur les valeurs indiquées au tableau 2.

Tableau 2         

Exigences de rejet formulées en concentration pour différents types de procédés de traitement municipaux avec déphosphatation (moyennes annuelles)

Type de procédé avec déphosphatation

Exigence

 

mg Pt/L
Avec postfiltration membranaire 0,1
Avec postfiltration granulaire 0,3
Physicochimique 0,5

Boues activées

0,6
Biofiltration 0,6
Biodisques 0,8

Étangs aérés

0,8

Étangs non aérés

1
Autres(1) 1

(1) Pour les nouvelles technologies, la concentration définie dans l’exigence correspond à la classe de performance ou à la limite de rejet indiquée sur la fiche d’information technique concernant ce paramètre de suivi.

5. Application de la position du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs

Les nouvelles exigences de rejet en phosphore sont formulées par le MDDEP :

  • lors d’une demande d’autorisation qui lui est présentée pour la réalisation d’une nouvelle installation de traitement d’eaux usées d’origine domestique;
  • pour la modification d’une installation de traitement existante.

Conformément à l’autorisation délivrée, les exigences s’appliquent dès la mise en opération des nouveaux ouvrages de traitement des eaux usées d’origine domestique.


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