Développement durable, Environnement, Faune et Parcs Bandeau du ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs
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Commission technique et de concertation

3. Aspects reliés à la santé

3.1 Contexte

Il apparaît important de signaler que nous allons utiliser les données de tests de trois essais de brûlage pour tenter d’évaluer l’exposition potentielle et les risques à la santé des populations locales. Les tests ont fait l’objet de critiques et de nombreuses discussions et révisions. Rappelons que la Commission les a considérés comme non-représentatifs. Aussi, l’étude d’incidences environnementales qui s’est inspirée de ces données souffre également d’imprécisions, particulièrement pour l’évaluation de l’état zéro en regard des contaminants d’intérêt. Bien que le bilan de destruction des BPC ait été satisfaisant, il reste à réaliser celui des dioxines et furannes.

Se concentrer uniquement sur les efforts d’évaluation du risque pour la santé humaine, c’est ignorer le mode de transfert des contaminants persistants dans les milieux biologiques via la chaîne alimentaire. Il est pratiquement impossible de prévoir un effet nul ou négligeable sur la flore et la faune, même si l’impact sur la santé humaine a pu être qualifié de négligeable. Les jeunes enfants pourraient être plus exposés que les adultes. La faune utilise l’environnement d’une manière plus intensive que l’humain.

La génération de poussières est importante au cours du procédé et ces poussières sont potentiellement contaminées par des substances dangereuses. L’ensemble des résultats des analyses obtenus pour les paramètres d’intérêt pour la santé publique, soit les métaux lourds et les organochlorés, dont les dioxines et les furannes, ne permettent pas d’atteindre un taux d’efficacité de destruction et d’enlèvement de 99.9999 %, particulièrement pour les dioxines et les furannes. Le procédé en détruit une partie, mais en permet également la formation denovo. Cela est d’autant plus réel que des niveaux d’empoussièrement importants se produisent à plusieurs étapes du procédé, soit dans la chambre de combustion secondaire, la tour de conditionnement des gaz et le système de filtration de ces gaz.

Or, ces résidus de poussières n’ont pas été caractérisés systématiquement. Les dioxines et les furannes ne figurent pas dans la liste des paramètres analysés dans les poussières de la tour de conditionnement des gaz, ni dans la chambre de combustion secondaire. Le mercure n’a pas été listé non plus parmi les métaux lourds examinés.

3.2 Évaluation des risques à la santé

L’examen du dossier Récupère-Sol inc. nous permet d’identifier trois types de risques à la santé soit : les risques toxiques, les risques d’accidents technologiques et les risques psychosociaux.

Les risques toxiques sont liés à la nature et aux propriétés des substances utilisées, manipulées et émises dans l’environnement, susceptibles de produire une exposition humaine. Quant aux populations exposées, il s’agit de la population en général et des travailleurs affectés aux opérations de Récupère-Sol inc.

Pour la population en général habitant autour de l’usine, l’estimé de l’exposition est basé sur les données d’émissions fournies par le promoteur et son consultant. Les émissions de poussières et de particules à la cheminée sont jugées très faibles, d’où leur non-caractérisation sur le plan de leur taille et la non-modélisation pour ce paramètre. Il faut signaler ici que le modèle de dispersion atmosphérique des polluants a été réalisé sur Screen 3, qui est un modèle de dépistage pour ainsi dire qu’il y aurait lieu aussi de modéliser sur ISC, vu qu’il s’agit de produits toxiques. À part la fréquence des directions des vents, peu de données régionales ont été intégrées au modèle, comme la hauteur des mélanges, la fréquence élevée des inversions de température (35 % à 40 % sur une base annuelle) et le bruit de fond des concentrations dans l’air ambiant de la région. Selon le Docteur Guy, ces facteurs pourraient augmenter de 10 fois les valeurs obtenues par le modèle utilisé.

En supposant :

  • que le point de chute maximal est situé à 372 m de la cheminée;
  • que le bruit de fond régional pourrait être de 3 pg/m3 (variabilité des concentrations observées au Canada : 0.4 à 36.7 pg/m3);
  • que l’apport de Récupère-Sol inc. corresponde à 0,003 pg/m3
  • que les inversions thermiques peuvent augmenter cet apport par un facteur de 10;

l’exposition pourrait, dans un scénario pessimiste, s’exprimer ainsi :

  • Quantité inhalée : (3pg/m3 + (10 X 0.003 pg/m3)) X 20 m3//jr = 60.6 pg/jr.
  • Quantité absorbée : 60.6 pg/jr X 70 % = 42.42 pg/jr.

Au cours de ces périodes d’inversion thermique, l’exposition aux dioxines et furannes pourrait représenter 14.42 % de la dose quotidienne absorbée par le Canadien de 70 kg non-exposé professionnellement (soit 2.0 à 4.2 pgTCDDéq/kg/jr donc, 294 pg par jour).

Voici les doses virtuellement sécuritaires proposées par certains organismes :

 

Dose virtuellement sécuritaire

Dose DQA (pg/jr)

E.P.A. 0006 pg TCDDéq/kg p.c./jr

0.42

C.D.C. 0.028 pg TCDDéq/kg pc/jr

1.96

F.D.A. 0.057 pg TCDDéq/kg p.c./jr

3.99

Carrier, G. 0.175 pg TCDDéq/kg p.c./jr

12.25

- 1 pg TCDDéq/kg p.c./jr = 1 picogramme de tétrachlorodibenzo-dioxine équivalent toxique par kilogramme de poids corporel par jour.

- 1 picogramme = 1 millionnième de millionnième de gramme

- E.P.A. : Environmental Protection Agency

- C.C.D. : Center for Disease Control

- F.D.A : Food and Drug Administration

- DQA = Dose quotidienne absorbée

Il ne faut pas pour autant oublier qu’il s’agit de seuils sécuritaires pour le risque d’un excès de cancer par million de personnes exposées durant 70 ans. On peut donc conclure que l’exposition moyenne au Canada dépasse largement les expositions recommandées par ces organismes, même si l’exposition ajoutée par Récupère-Sol inc. représente seulement 0,42 pg/jr à l’apport quotidien, considérant les hypothèses d’exposition reliées au bruit de fond local.

La Commission réitère donc pour des raisons de santé sa recommandation à l’effet que le bruit de fond soit mesuré par une méthode appropriée et reconnue.

3.3 Effets des BPC, dioxines et furannes sur la santé humaine

Nous ne reviendrons pas sur les effets observés chez les animaux ni chez les humains, particulièrement chez les travailleurs. Ces effets ont été largement rapportés au cours des débats privés et publics. Le présent travail se limitera à l’essentiel.

Les études effectuées chez les mammifères ont démontré que les BPC sont des cancérigènes et que cet effet croît avec la dose d’exposition. Chez l’humain, les recherches épidémiologiques n’ont pas permis d’exclure, ni de conclure à de tels effets (cancer).

Quant aux dioxines et furannes, la 2,3,7,8-TCDD s’est avérée cancérigène chez l’animal au niveau du foie et aux sites d’absorption (digestif, respiratoire). Même si ces polluants n’ont pas démontré encore une activité mutagène, ils agissent par des processus cytotoxiques en altérant de nombreux mécanismes de régulation cellulaire pour promouvoir le cancer.

Les études épidémiologiques proposent une association entre l’exposition aux dioxines et le cancer du poumon des populations de travailleurs de milieux contaminés par ces substances. Des sarcomes des tissus mous, des lymphomes non-hodgkiniens ont été aussi associés à des expositions aux dioxines et furannes.

Ces substances classées encore récemment comme cancérigènes probables sont maintenant répertoriées par l’Agence internationale de la recherche sur le cancer parmi les substances cancérigènes.

La plausibilité des mécanismes d’altérations cellulaires ont atteint un bon degré de fiabilité quant aux effets de formation du cancer.

Cependant, d’autres effets plus pernicieux, moins reliés à la dose, ressortent des observations chez les animaux et chez l’humain. Ces effets sur la reproduction, sur le système immunitaire et sur le système nerveux sont observés pour des doses d’exposition plus faibles, tel qu’observé pour le développement du cancer. Selon le docteur Gaétan Carrier, " le niveau d’exposition environnemental général devient un facteur critique à considérer pour ce type d’effets. " Au cours des audiences, ces effets sur le développement intellectuel des enfants et sur le système reproducteur ont été abordés.

3.4 Les risques psychosociaux

Nous avons tous en mémoire les effets psychologiques sur les populations exposées aux risques naturels (inondations du Saguenay en 1996, verglas à Montréal en 1998). Le stress, les déboires, les sentiments de pertes et de frustrations, la colère, les sentiments d’impuissance et de perte de contrôle, qu’on le craint ou non, ont leurs victimes dans la population. Ces craintes et ces incertitudes ont leurs manifestations psychologiques et psychosomatiques (stress, hypertension artérielle, troubles du sommeil, troubles digestifs, ulcères, déprime, etc.).

Les risques découlant d’une implantation non-souhaitée par la population avoisinante sont de même nature que ceux liés aux accidents technologiques d’installations semblables, l’accident technologique ajoutant un aspect de crise et d’incertitude encore plus grand, particulièrement s’il devait y avoir évacuation. Ces impacts psychosociaux ont un niveau de risque bien supérieur au 1/100 000 ou 1/1 000 000 qui se rencontre dans le cas des risques de cancer.

Une étude effectuée un an après l’événement de Saint-Basile-le-Grand a démontré que les enfants âgés de 6 à 11 ans présentaient une prévalence significative de symptômes psychiatriques en comparaison à une population témoin d’une même strate d’âges13.

Par contre, le désoeuvrement, le chômage, l’inoccupation, les emplois précaires ont aussi des impacts psychosociaux mesurables.

13 Breton, J.J., Valla, J.P., Lambert J., (1990), Étude épidémiologique sur les conséquences du stress vécu par les enfants de 3 à 11 ans lors de la catastrophe de Saint-Basile-le-Grand. Département de psychiatrie et département de médecine sociale et préventive, Faculté de médecine, Université de Montréal, 81 pages.

3.5 La population des travailleurs

La population des travailleurs est celle qui est la plus à risque. Cette population connaîtra probablement une élévation de leur imprégnation par les contaminants dont nous avons traités plus haut. En plus d’être plus exposés par l’exposition professionnelle, par les poussières et les émissions fugitives, ils seront plus exposés lors d’incidents d’opération. Et cela, malgré tous les moyens de protection personnelle disponibles. Les programmes de santé et sécurité pourront atténuer de beaucoup les risques.

La Commission recommande :

Recommandation no 5 :

Que les opérations du bâtiment où sont déchargés et entreposés les sols contaminés fassent l’objet d’une attention particulière par rapport aux risques de contamination envers les travailleurs et l’environnement.

Par ailleurs, la Commission recommande :

Recommandation no 6 :

Que le programme de santé et sécurité prévu par Récupère-Sol inc. fasse l’objet d’un suivi rigoureux.

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