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L'utilisation des pesticides dans le maïs et le soya

 

Autres documents

Rapport 2010
(format PDF, 4,4 Mo)

Rapport 2006 (3 parties)
(format PDF-1, 1,8 Mo)
(format PDF-2, 1,9 Mo)
(format PDF-3, 1,9 Mo)

Rapport 2002
(format PDF, 1,5 Mo)

Brochure
(format PDF, 1,9 Mo)


Contexte agricole actuel

Au Québec, les superficies en culture de maïs et de soya ont beaucoup augmenté au cours des 15 dernières années. Selon les données de Statistique Canada, les superficies en maïs étaient de 473 061 ha en 2006 soit un accroissement de 34 % par rapport aux superficies de 1991. Le soya, qui occupait 178 161 ha en 2006, couvre des superficies 7 fois plus importantes qu’en 1991.

En raison des superficies importantes qu’elles couvrent, les cultures de maïs et de soya accaparent la plus grande proportion des pesticides commercialisés au Québec. Les pesticides les plus utilisés dans ce type de cultures sont les herbicides et plusieurs sont communs aux deux cultures.

Les bilans de vente effectués par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs montrent que des changements sont survenus dans l’utilisation des pesticides au cours des dernières années. L’atrazine et le métolachlore, qu’ils soient appliqués seuls ou en mélange avec d’autres produits,  demeurent parmi les herbicides les plus utilisés, mais leur usage a connu une baisse depuis 1992. Avec l’introduction des variétés de maïs et de soya transgéniques résistantes à l’herbicide glyphosate, ce produit est maintenant l’herbicide le plus utilisé. On note aussi une augmentation de l’emploi des herbicides de nouvelle génération, applicables à raison de quelques grammes à l’hectare, en particulier l’imazéthapyr, le nicosulfuron et le rimsulfuron et le flumetsulam ainsi que le clopyralide.

La présence de pesticides dans les cours d'eau

Le programme d’échantillonnage du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs

Rivière Chibouet (MDDEP)  Rivière Saint-Régis (MDDEP)
Rivière Chibouet (MDDEP)    Rivière Saint-Régis (MDDEP)
Rivière des Hurons (MDDEP) Rivière Saint-Zéphirin (MDDEP)
Rivière des Hurons (MDDEP) Rivière Saint-Zéphirin (MDDEP)

Depuis 1992, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs mène un programme de suivi des pesticides dans des cours d’eau des régions agricoles où la culture du maïs est importante. Depuis le début du programme, on a analysé l’eau d’une trentaine de rivières. Quatre d’entre elles sont échantillonnées chaque année depuis 1992. Ce sont les rivières Chibouet (bassin versant de la rivière Yamaska), des Hurons (bassin de la rivière Richelieu), Saint-Régis (affluent direct du fleuve Saint-Laurent) et Saint-Zéphirin (bassin de la rivière Nicolet). Ces rivières sont représentatives de différents secteurs de la grande région agricole et présentent d’importantes superficies en maïs et en soya dans leur bassin versant.

Le rapport 2010 présente les résultats d’analyse obtenus pour ces quatre rivières ainsi que les tendances dans l’évolution des concentrations de pesticides depuis 1992. Il  inclut aussi les données sur la présence de pesticides dans l’eau potable.

Les résultats obtenus

Des pesticides sont régulièrement détectés durant l’été dans les quatre rivières échantillonnées. Les produits détectés sont des herbicides principalement reliés aux cultures de maïs ou de soya. Les substances trouvées le plus souvent (plus de 50 % des échantillons d’eau) sont le métolachlore, l’atrazine, le bentazone, le glyphosate , le dicamba, l’imazéthapyr et le nicosulfuron. Mais d’autres herbicides, des insecticides et des fongicides sont aussi détectés.

Proportion des échantillons avec présence de pesticides,
moyenne 2005, 2006 et 2007 pour les quatre rivières échantillonnées

Pesticides

% des échantillons

HERBICIDES

Métolachlore

99,3

Atrazine

98,7

Bentazone

78,7

Glyphosate

77,8

Dicamba

73,4

Imazéthapyr

64,4

Nicosulfuron

63,0

2,4-D

37

MCPA

32,7

Flumetsulam

31

Mécoprop

30,3

Rimsulfuron

21,1

Diméthénamide

18,7

Simazine

11,4

EPTC

10,1

Bromoxynil

9,6

Métribuzine

8

Clopyralide

3,5

MCPB

1

INSECTICIDES

Chlorpyrifos

11,3

Carbaryl

7,3

Diazinon

3,6

Diméthoate

3,2

Carbofuran

3,2

FONGICIDES

Myclobutanil

2,9

Les concentrations d’atrazine, de métolachlore et de dicamba dans l’eau sont à la baisse par rapport aux années antérieures.



   

On note toutefois quelques dépassements des critères de qualité de l’eau établis pour protéger les espèces aquatiques pour l’atrazine et quelques autres pesticides. Selon les rivières et les années, on trouve de 3 % à 56 % des échantillons qui dépassent ces critères.

Il est fréquent de retrouver dans ces rivières de faibles concentrations d’une dizaine de produits dont la plupart sont reliés au maïs et au soya. Cette situation est préoccupante en regard des effets potentiels encore peu connus sur les écosystèmes aquatiques. Parmi les quatre cours d’eau échantillonnés, c’est dans les bassins versants des rivières des Hurons et Saint-Régis que l’on détecte simultanément jusqu’à une vingtaine de pesticides. 

Proportion des échantillons prélevés l’été qui dépassent les critères de qualité de l’eau pour la protection des espèces aquatiques (%)

Rivières

2005

2006

2007

Chibouet

22,5

23

20,9

Des Hurons

37,5

10

16,3

Saint-Régis

45

25,6

18,6

Saint-Zéphirin

23,8

12,8

4,7

Concentrations de quelques herbicides dans la rivière Chibouet

Graphique : Concentrations de quelques herbicides dans la rivière Chibouet

Les incidences sur l'eau potable

Les petits cours d’eau visités dans le cadre de ce programme d’échantillonnage ne servent pas pour l’alimentation en eau potable, mais avec l’ensemble des autres tributaires agricoles, ils contribuent à la contamination des plus grandes rivières qui, elles, peuvent être utilisées comme source d’alimentation en eau brute.

Dans le sud du Québec, plusieurs municipalités tirent leur eau potable de rivières potentiellement exposées à la présence de pesticides. Elles peuvent contenir plusieurs pesticides, mais habituellement à des concentrations plus faibles que dans les petits tributaires qui font partie de notre programme régulier de suivi.

Depuis 2001, le Règlement sur la qualité de l’eau potable oblige les responsables de réseaux de distribution d’eau potable desservant plus de 5 000 personnes à réaliser un contrôle trimestriel de l’eau distribuée. Ce contrôle inclut la mesure de 25 pesticides faisant l’objet de normes. Parmi les 202 réseaux municipaux ayant fourni des données, 53 réseaux (26 %) ont montré la présence de faibles concentrations d’un ou de plusieurs pesticides dans au moins un des échantillons prélevés pour la période de 2005 à 2007 inclusivement. Pour certains réseaux, ces produits sont décelés plus fréquemment, pour d’autres il s’agit d’une détection ponctuelle seulement. Aucun dépassement des normes d’eau potable n’a été enregistré. D’ailleurs, la plupart du temps, les concentrations mesurées sont faibles et bien en deçà des normes. Dans l’état actuel des connaissances, comme les concentrations sont faibles et que les marges de sécurité utilisées pour fixer ces normes sont très importantes, on ne prévoit pas d’effet mesurable sur la santé.

Les effets sur d'autres cultures

Les quatre rivières échantillonnées (Chibouet, des Hurons, Saint-Régis et Saint-Zéphirin) montrent des dépassements des critères de qualité de l’eau pour l’irrigation des cultures. Dans les quatre rivières plus de la moitié des échantillons prélevés durant l’été dépassent le critère pour la présence de dicamba dans l’eau d’irrigation. On trouve aussi des dépassements occasionnels du critère pour le MCPA, l’atrazine, le métolachlore, le linuron, le bromoxynil et le métribuzine. Ainsi, des dommages à certaines cultures sensibles pourraient survenir si l’eau de ces rivières était utilisée pour l’irrigation.

Les effets sur les espèces aquatiques

Contrairement à d’autres polluants agricoles dont la présence et les effets sont facilement visibles dans les cours d’eau (matières en suspensions, enrichissement en éléments nutritifs causant la prolifération d’algues), la présence de pesticides, elle, est rarement apparente. Visibles ou non, les pesticides peuvent nuire aux organismes aquatiques qui vivent dans les rivières.

De plus en plus de données scientifiques révèlent l’influence de faibles doses de pesticides sur les espèces aquatiques ou encore des effets additifs ou amplificateurs (synergiques) de la présence simultanée de nombreux pesticides dans l’eau des rivières.

Une revue de quelques articles scientifiques récents sur le sujet est présentée à l’annexe 1 du rapport 2010.

Les nouvelles tendances...

Le suivi des quatre rivières indicatrices révèle de légères baisses de concentration pour quelques herbicides comme l’atrazine, le métolachlore et le dicamba, mais l’augmentation des concentrations de glyphosate et la présence croissante des herbicides de nouvelle génération, tels l’imazéthapyr, le flumetsulam et le nicosulfuron, utilisés depuis le début des années 2000.

L’herbicide glyphosate, employé notamment pour les variétés de maïs transgénique (maïs GM) et de soya transgénique (soya Roundup Ready), a aussi été détecté dans l’eau des quatre rivières à l’étude. De 2005 à 2007, il est présent dans 90 % des échantillons prélevés dans la rivière Chibouet, dans 80 % des échantillons de la rivière des Hurons, dans 73 % de ceux de la rivière Saint-Régis et dans 65 % de ceux de la rivière Saint-Zéphirin.

Le remplacement d’un pesticide par un autre n’est pas nécessairement une solution durable pour réduire la contamination de l’environnement. Les produits de nouvelle génération ainsi que le glyphosate, s’ajoute maintenant aux nombreux autres produits déjà détectés dans l’eau des rivières formant dans le milieu aquatique, un mélange sans cesse changeant et pour lequel les effets sur le milieu aquatique sont peu connus.

Les actions du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs pour réduire l'utilisation des pesticides

Le bilan périodique des ventes de pesticides effectué par le Ministère montre qu’il y a eu des changements dans l’usage des pesticides depuis 1992. Malgré ces changements, on constate que l’utilisation des pesticides affecte encore la qualité de l’eau des rivières qui drainent les zones agricoles.

Depuis 1992, en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) et d’autres partenaires, le Ministère a contribué à la Stratégie phytosanitaire, une approche de sensibilisation qui a permis d’initier les producteurs de maïs aux principes de la lutte intégrée. La lutte intégrée est une approche principalement basée sur la prévention et sur le recours à des méthodes qui permettent de réduire l’usage des pesticides de synthèse. Plusieurs producteurs ont adhéré à des clubs-conseils en agroenvironnement ou à des clubs d’encadrement technique afin d’être accompagnés dans cette démarche. Malgré l'augmentation des superficies cultivées où s'effectue la lutte intégrée, ces superficies ne représentent encore qu'une faible proportion de l'ensemble des parcelles où des pesticides sont appliqués. Au cours des dernières années, à travers le financement du programme Prime-Vert du MAPAQ, divers projets visant l’amélioration des pratiques agricoles ont vu le jour. Sans porter exclusivement ou spécifiquement sur la problématique des pesticides, plusieurs d’entre eux proposent des mesures susceptibles de diminuer leur transport vers les cours d’eau (bandes riveraines, cultures de couverture, voies d’eau engazonnées, etc.).

Par ailleurs, dans son Code de gestion des pesticides, en vigueur depuis 2003, le gouvernement a adopté des normes pour encadrer l’usage des pesticides de façon à réduire l’exposition des personnes et de l’environnement à ces produits au moment de leur vente, de leur entreposage, de leur préparation et de leur application. De plus, le Règlement sur les permis et certificats pour la vente et l’utilisation des pesticides exige la certification de l’ensemble des producteurs agricoles. Cette certification permet de sensibiliser ces derniers et de leur donner de l’information sur la rationalisation et sur l’emploi sécuritaire de pesticides.

Plus récemment, des outils comme SagE pesticides, l’IRPeQ ou IRPeQ Express ont été créés conjointement par le MAPAQ, l’INSPQ et le MDDEP. Ce sont des outils en ligne qui s’adressent aux conseillers agricoles et aux producteurs agricoles. Au moment de faire un choix pour l’application de produits aux champs, ces outils permettent de choisir, parmi l’ensemble des pesticides disponibles, ceux qui présentent le moins de risque pour la santé et pour l’environnement.


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