Q1- Que sont les boues d’épuration (aussi appelées biosolides) et en quoi consiste leur recyclage? R1 Les biosolides sont le produit de la filtration des eaux usées. Ils ont en général une texture solide ou pâteuse et ont fait l’objet d’un traitement d’épuration. Ce traitement les distingue des eaux usées brutes aux niveaux de l’apparence et de la teneur en organismes pathogènes. Le Bureau de normalisation du Québec (BNQ, 2002) a établi la définition technique suivante : « biosolide : produit organique obtenu après le traitement physicochimique ou biologique des eaux usées (syn. : boue d’épuration) ». Selon le type d’eaux usées à traiter, on peut générer un biosolide municipal, papetier ou agro-alimentaire. Les biosolides municipaux font toujours l’objet de traitements de désinfection des microorganismes pathogènes. Les traitements biologiques qu’on retrouve dans la plupart des usines permettent aussi de réduire les odeurs et de détruire plusieurs contaminants. Les biosolides municipaux sont particulièrement riches en azote, en phosphore et en matières organiques, tout comme les fumiers de ferme. Ces « fumiers humains traités » sont donc potentiellement utilisables pour fertiliser les sols agricoles, s’ils ont la qualité nécessaire. Ils peuvent également être transformés en un compost inodore et vendus pour l’aménagement paysager et autres utilisations agricoles ou non agricoles. Les biosolides municipaux, papetiers et agroalimentaires sont une partie de ce qu’on appelle les matières résiduelles fertilisantes (MRF). Les MRF incluent aussi d’autres résidus urbains ou industriels capables d’engraisser ou d’amender le sol, comme les cendres de bois et les composts de feuilles et de gazon. Seuls les biosolides, les composts et les autres MRF qui satisfont aux exigences de qualité du Ministère peuvent être épandus sur les sols agricoles et être ainsi introduits dans la chaîne alimentaire. Les teneurs limites en contaminants sont considérées comme étant parmi les plus sévères en Amérique du Nord (Van Coïllie et Laquerre, 2003). Les biosolides et les MRF provenant des villes et des industries qui ne satisfont pas à ces exigences doivent être incinérées ou éliminées par enfouissement sanitaire. Le Ministère a étudié le dossier de la gestion des boues municipales dès le début des années 1980, dans le cadre de l’implantation du Programme d’assainissement des eaux usées du Québec (PAE). Rappelons que le PAE était doté d’un budget de sept milliards de dollars pour la construction d’usines d’épuration des eaux usées municipales dans les villes du Québec. Outre les modes courants de gestion des boues par enfouissement et incinération, le Ministère et la Société québécoise d’assainissement des eaux avaient également retenu la filière de recyclage des boues de qualité. Les premières études agronomiques et environnementales du recyclage des boues au Québec remontent au milieu des années 1980 et au début des années 1990. Elles ont été réalisées par différents organismes de recherche et ont impliqué la participation plusieurs villes dont Hull, Ste-Agathe-des-Monts, St-Agapit, St-Hyacinthe, Victoriaville, Danville, Jonquière et Québec. Sur la base des premiers travaux québécois et d’études étrangères, le Ministère a publié le premier guide de bonnes pratiques, il y a près de vingt ans (MENV, 1987). Suite aux travaux d’un consortium réunissant plusieurs partenaires gouvernementaux, et grâce à la collaboration des ministères de l’agriculture, des forêts et de la santé et des services sociaux, le guide a fait l’objet d’une première révision en 1991 (MENV et MAPAQ, 1991; MENV, MFo et MSSS, 1991). Avec la production des biosolides papetiers et agroalimentaires, au cours des années 1990, le MENV a publié un nouveau guide en 1997 (MENV, 1997). Une « troisième génération » de critères a ensuite été publiée en 2004 (Guide sur la valorisation des MRF), intégrant notamment les plus récents travaux du BNQ sur la normalisation des composts et des biosolides municipaux. L’origine et l’historique de la valorisation agricole des biosolides municipaux, sont documentés dans un article de Hébert (2005a) (voir les références bibliographiques à la fin du document). R-2 On épand environ un million de tonnes de biosolides et de MRF chaque année sur les sols agricoles du Québec. Cela représente 3 % des apports annuels qui sont épandus sur les sols agricoles (figure 1). En outre, 0,8 million de tonnes de résidus organiques sont acheminés vers les centres de compostage. Il en résulte la fabrication d’environ 0,4 million de tonnes de composts commerciaux qui font l’objet d’usages non agricoles dans plus de 80 % des cas. Ainsi, les filières d’épandage agricole et de compostage permettent de recycler près de deux millions de tonnes de résidus organiques par an (MDDEP, 2004). Il s’agit de quantités importantes comparativement aux autres filières de recyclage des résidus (papier, plastique, verre, métal).
Depuis 1999, le taux de valorisation agricole des MRF a progressé de 20 % (Fleury et al., 2006). Différents facteurs (stabilité de la population produisant des matières fécales, qualité des boues, odeurs, valorisation non agricole, présence d’incinérateurs, etc.) posent cependant un plafond théorique au recyclage. Ainsi, on estime que la valorisation des biosolides municipaux ne devrait pas représenter plus de 1 % des sols agricoles sur une base annuelle dans un horizon de 10 à 15 ans. En 2004, une quinzaine de villes procédaient à l’épandage agricole de boues d’épuration municipales sur une base régulière, tandis que d’autres ont eu recours au compostage. Près de 90 % des biosolides municipaux produits au Québec continuent d’être incinérés ou acheminés dans des lieux d’enfouissement sanitaire (RECYC-Québec, 2002; Hébert, 2004). Figure 3 Répartition régionale des superficies cultivées Q-3 L’épandage des biosolides est-il à l’origine de la mort de personnes aux États-Unis? R-3 Le film présente le cas de la mort de trois personnes, Daniel Pennock, 17 ans (Pennsylvannie), Shayne Conner, 26 ans (New-Hampshire) et Tony Behun, 11 ans (Pennsylvannie) décédés dans les années 1990. Selon les personnes interviewées, ces décès résultent du contact par inhalation ou autrement avec des biosolides de classe B (partiellement désinfectés). L’Agence américaine de protection de l’environnement (USEPA, 2003) a pour sa part émis la declaration suivante : « In summary, there has been no causal connection whatsoever established between the deaths of Shayne Conner, Tony Behun or Daniel Pennock and exposure to landapplied sewage sludge. Therefore, EPA does not agree that any of these cases provide a reasonable basis for banning land application of sewage sludge ». Selon l’agence américaine, il n’y a pas de relation de cause à effet établie entre la mort de ces personnes et l’épandage des biosolides. Voir également la réponse à la question 18 concernant la position du National Academy of Sciences des États-Unis sur les risques. Il n’appartient pas au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs de se prononcer sur ces cas. Toutefois, les experts du Ministère en ont été informés, il y a plusieurs années, tout comme du risque potentiel d’infection qu’implique pour la population le fait de vivre non loin de sites d’épandage. C’est pourquoi le Ministère a instauré des distances séparatrices d’épandage par rapport aux habitations avoisinantes. En fonction de ces distances séparatrices, et selon les plus récentes études universitaires sur le sujet (Brooks et al., 2005), le risque de contamination de la population par les virus et les bactéries serait pratiquement nul dans le cas du Québec (risque de moins d’une chance sur un million pour un voisin). Le film mentionne des malaises que des citoyens de la Nouvelle-Angleterre et de l’Ontario vivant dans les zones avoisinantes ont ressentis. Certains malaises pourraient être attribuables à l’odeur de résidus particulièrement malodorants. Comme mesure préventive, le Ministère a interdit dès 2002 l’épandage des résidus les plus à risques au niveau des odeurs (voir la question 16). Le film rapporte aussi des activités de recyclage où des biosolides se retrouvaient sur la chaussée publique. De tels déversements sont interdits au Québec en vertu de l’article 498 du Code de la sécurité routière. Le Ministère encourage les citoyens à se plaindre s’ils sont témoins de telles infractions. Q-4 Les virus sont-ils détruits dans les biosolides municipaux? R-4 Selon le Dr Pierre Payment (1993), virologue à l’Institut Armand-Frappier, plus de 99 % des virus des matières fécales sont détruits pendant le traitement des biosolides, traitement requis par le Ministère pour la valorisation. Le compostage, le lagunage, le séchage et le traitement à la chaux les détruiraient même à plus de 99,99 %. Au terme d’une évaluation des risques pour la santé humaine, ce chercheur conclut que «…la probabilité d’infection est nulle pour les passants et pour les consommateurs de légumes ou d’eau souterraine pour plusieurs types d’utilisation. » Le Dr Robert Cushman, médecin en chef à la Ville d’Ottawa, estime aussi que le risque microbien est très faible, en se basant sur une étude réalisée avec la participation du Dr Donald Cole, de la Faculté de médecine de l’Université de Toronto (Apedaïle et al., 2002). D’autres informations sur la gestion du risque viral avec les biosolides municipaux au Québec sont présentées dans un article récent publié dans la revue Agrosol (Hébert, 2005a). Q-5 Les boues municipales contiennent-elles des salmonelles? R-5 Cela dépend du type de boue. Toutefois au Québec, seules les boues traitées peuvent être valorisées. Les biosolides doivent obligatoirement subir le plus haut niveau de désinfection requis si on veut pouvoir les épandre sur tous les types de culture (catégorie P1). Les biosolides sont donc analysés régulièrement par les municipalités qui s’assurent de l’absence de salmonelles. Les biosolides de catégorie P1 doivent aussi faire l’objet de traitements intensifs reconnus pour détruire les virus et les parasites fécaux. C’est notamment le cas avec les biosolides municipaux chaulés de Sherbrooke et les biosolides certifiés par le Bureau de normalisation du Québec (les biosolides avec séchage thermique de Laval et les biosolides compostés). Les biosolides qui ne sont que partiellement désinfectés (catégorie P2) peuvent toutefois contenir des salmonelles, même si elles sont généralement détruites à plus de 90 %. Par mesure préventive, ces biosolides ne peuvent donc pas être épandus sur des cultures pour l’alimentation humaine ni sur des pâturages (foin brouté). De plus, l’Agence canadienne d’inspection des aliments interdit leur vente en sacs ou en vrac, en vertu de la Loi sur les engrais. Le Dr David Lewis, cité dans le film, souligne la possibilité d’une recroissance des salmonelles et autres bactéries pathogènes dans les biosolides à la suite de leur épandage au sol. Ce risque, mis en évidence par le Dr Lewis, a fait l’objet de travaux récents à l’Université de l’Arizona (Zaleski et al., 2005). Les chercheurs concluent que cette recroissance de pathogènes bactériens peut s’observer, mais qu’elle est assez rare. Ils recommandent toutefois des mesures préventives au niveau du stockage des biosolides de catégorie A aux États-unis (analogue à la catégorie P1 au Québec). Le risque serait toutefois faible dans le cas des composts matures, car la vie microbienne naturellement présente inhibe souvent le développement des salmonelles. Soulignons aussi que les virus pathogènes ne peuvent recroître dans les biosolides et les sols, car ils ont besoin d’un hôte vivant (humain) pour se reproduire. Le Ministère prend acte de ces résultats concernant les risques bactériens et verra à apporter les correctifs appropriés. À titre comparatif, mentionnons que la plupart des fumiers et des lisiers contiennent des salmonelles, alors que 80 % des MRF en sont exempts (Hébert, 2005b). Mentionnons aussi, qu’à l’instar des composts domestiques et des écorces de bois, les biosolides papetiers peuvent contenir des bactéries faiblement pathogènes, du genre Klebsiella, qui sont naturellement présentes dans l’environnement (Brassard et al., 1999; Hébert, 2005a). Les distances séparatrices relatives aux odeurs ou aux pathogènes minimisent les risques pour les voisins liés à la dispersion dans l’air de particules (bioaérosols) lors des épandages. Q-6 Les biosolides épandus contiennent-ils des déchets biomédicaux, des seringues, des préservatifs et autres corps étrangers potentiellement dangereux? R-6 Le rejet à l’égout municipal des déchets biomédicaux des hôpitaux est strictement interdit par l’article 11 du Règlement sur les déchets biomédicaux et ils font l’objet d’une gestion séparée. Comme il est montré dans le film, la majorité des eaux usées municipales produites au Québec sont traitées dans des usines d’épuration dotées d’équipements de dégrillage qui permettent de retirer la plupart des corps étrangers grossiers et de les acheminer au rebut. Lorsque les biosolides sont compostés, les composts ainsi produits subissent même un deuxième tamisage, afin de satisfaire aux normes du Bureau de normalisation du Québec (2005). Ces normes commerciales bannissent tout objet tranchant dans les composts de catégories AA et A « tout usage » du BNQ. L’Agence canadienne d’inspection des aliments, qui contrôle la vente du compost en sacs, a les mêmes exigences. Au Québec, les risques les plus importants concernent les possibles épandages illégaux de boues de fosses septiques non traitées. Le Ministère et la Fédération des producteurs de bovins du Québec ont sensibilisé les agriculteurs aux risques liés à de telles pratiques, en publiant un article de vulgarisation (Anonyme, 2000). Les agriculteurs doivent donc s’assurer que l’épandage soit toujours fait sous la supervision d’un agronome, dans le cadre légal d’un certificat d’autorisation du MDDEP. Q-7 La tragédie de Walkerton en Ontario s’est-elle produite à cause des biosolides municipaux? R-7 La tragédie de Walkerton, qui a coûté la vie à sept personnes, résulte de la consommation d’une eau contaminée par du fumier de bovins, et aussi de l’absence d’un traitement approprié de l’eau potable par la municipalité (eau du robinet). La principale bactérie en cause est la souche E. coli O157 :H7, également responsable de la « maladie du hamburger ». Cet événement est donc lié à la gestion des fumiers de ferme et aux lacunes survenues dans le traitement de l’eau potable (Chevalier et al., 2004). Q-8 Y a-t-il un risque que l’épandage des boues transmette la maladie de la vache folle (ESB)? R-8 Le risque est négligeable au Québec. Tout d’abord, il n’y a pas de cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) au Québec et les gouvernements fédéral et provincial contrôlent très étroitement les abattoirs et la gestion des viandes impropres à la consommation. Ainsi, les boues qui proviennent des abattoirs sont réputées exemptes de l’agent responsable de l’ESB, tout comme le bœuf produit et consommé au Québec. L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a pour sa part évalué les risques liés à l’épandage de boues d’abattoirs et d’usines d’équarrissage sur des sols agricoles, advenant une éventuelle recrudescence de l’ESB. L’ACIA (cité par INSPQ, 2006) conclut « que la probabilité que des ruminants domestiques susceptibles ingèrent une dose infectante de l’agent de l’ESB présent dans les boues épandues sur les pâturages ou les prés de fauche est [de]négligeable à extrêmement faible; ces expressions impliquent un intervalle de probabilité de l’ordre de 10-5 à 10-7 ». Autrement dit, la probabilité qu’un bovin développe la maladie de la vache folle au Canada, à la suite de l’épandage d’une boue d’abattoir contaminée, et advenant une recrudescence de l’ESB, est d’une chance sur 100 000 à une chance sur 10 millions. Bien que ce risque soit faible, le MDDEP a récemment modifié le Règlement sur les exploitations agricoles afin de bannir explicitement l’épandage de parties de cadavres de bovins et autres ruminants sur toute parcelle cultivée. Q-9 Y a-t-il des antibiotiques dans les biosolides municipaux? R-9 Oui. Entre 30 et 90 % des antibiotiques ingérés par les humains sont excrétés avec l’urine (WEAO, 2001). Toutefois, comme il est mentionné dans le documentaire, les quantités contenues dans les biosolides sont très faibles. Cela s’explique du fait que seule une proportion de la population prend des antibiotiques à un moment donné durant l’année, ce qui fait que les résidus d’antibiotiques sont fortement dilués dans les eaux usées. De plus, plusieurs antibiotiques sont dégradés pendant le traitement des eaux usées ou les traitements supplémentaires, comme le compostage. Néanmoins, une étude réalisée pour la Water Environment Association of Ontario (WEAO, 2001) conclut qu’il faut approfondir les connaissances à ce sujet. Le sujet des antibiotiques déborde également le domaine de l’épandage des biosolides municipaux. En effet, la majorité des fermes d’élevage au Québec utilisent ces produits pour la santé animale, et les antibiotiques se retrouvent donc éventuellement dans les fumiers de ferme. Q-10 Y a-t-il des hydrocarbures et autres huiles usées dans les biosolides? R-10 Oui. Cependant les quantités sont considérées faibles et tendent à diminuer en raison de la récupération des huiles usagées requise en vertu du Règlement sur la récupération et la valorisation des huiles usagées, des contenants d'huile ou de fluide et des filtres usagés. De plus, le Règlement sur les matières dangereuses interdit de rejeter à l’égout les huiles usées considérées comme matières dangereuses. Outre ces mesures préventives de réduction à la source de la contamination des égouts, les hydrocarbures et les huiles végétales usées des restaurants font également l’objet d’un suivi particulier dans les stations d’épuration municipales, puisqu’ils peuvent entraver le bon fonctionnement des stations. Plusieurs hydrocarbures et huiles végétales sont également détruits lors des procédés biologiques de traitement des eaux usées, du compostage, et par l’activité microbienne du sol à la suite de l’épandage. Dans son étude sur les contaminants des biosolides devant faire l’objet d’un suivi ou d’études supplémentaires, la Water Environment Association of Ontario (2001) n’a pas retenu les hydrocarbures pétroliers facilement biodégradables. Quant aux hydrocarbures moins dégradables, comme les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), des études ont démontré que leurs teneurs sont très faibles, notamment dans les composts de boues municipales produits au Québec (Groeneveld et Hébert, 2003a). Q-11 Les sols et les cultures recevant des biosolides deviennent-ils contaminés par les métaux lourds? R-11 Plusieurs études québécoises, réalisées notamment par des chercheurs de l’Université Laval, de l’Institut de recherche et de développement en agro-environnement (IRDA) et d’Agriculture et agroalimentaire Canada ont montré qu’après un épandage de biosolides papetiers, aux doses agronomiques, il n’y avait pas d’impact sur les teneurs en métaux lourds des sols et des cultures maraîchères et céréalières (Baziramakenga et al., 1998; Beauchamp et Thériault, 1998; Beauchamp et al., 1998; Caron et al., 1998; Gagnon et al., 2004; N’dayegamiye et al, 2004). Une étude réalisée pour le Ministère, avec des biosolides municipaux, a donné les mêmes résultats (Granger et al., 1993). Il n’y a donc pas d’impact à court terme relativement aux métaux lourds. Le ministère de l’Agriculture de l’Ontario a mesuré l’impact sur le moyen terme (une période de dix à 15 ans) avec au moins trois épandages répétitifs de biosolides municipaux sur les sols agricoles en conditions de plein champ (OMAFRA, 1995). Les résultats montrent une augmentation de la teneur de certains métaux dans les sols et une diminution de certains autres, comparativement aux sols n’ayant pas reçu de biosolides. Les accumulations observées ont été jugées non préoccupantes par le ministère ontarien. Au Québec, on n’a pas non plus observé de problème à moyen terme relativement aux métaux lourds avec l’épandage répété de biosolides papetiers (Adrien N’dayegamiye, comm. pers.). Ainsi, les risques liés aux métaux lourds concernent surtout les longues périodes, advenant des épandages répétés de biosolides sur les mêmes sols. À la demande du Ministère, l’Institut national de la santé publique (INSPQ) a donc évalué les risques d’épandages répétés de MRF sur 100 ans dans les situations les plus à risque. Avec les biosolides municipaux, l’étude conclut que les critères du Ministère sont sécuritaires, puisque «…le taux d'application de ces biosolides serait suffisamment faible pour que les quantités de contaminants apportées ne conduisent pas au dépassement des recommandations du Conseil canadien des ministres de l’environnement.». (Fouchécourt et Beausoleil, 2001). L’INSPQ a toutefois indiqué, pour les biosolides papetiers, que les teneurs limites en arsenic, cadmium, dioxines et furannes devaient être réduites, car les doses agronomiques d’épandage peuvent être plus élevées, puisque ces biosolides contiennent moins de phosphore.
À la suite de ces études, le Ministère a réduit la teneur limite permise en arsenic pour tous les biosolides (MDDEP, 2004). Dans le cas du cadmium et des dioxines et furannes, le chercheur Raymond Van Coïllie, ancien professeur de toxicologie à l’Université du Québec, a révisé l’étude de l’INSPQ. Il conclut que «… ces critères et ces normes qui sont déjà très sévères suffisent actuellement par rapport aux risques toxiques du cadmium et des dioxines furannes et chlorés des matières résiduelles fertilisantes au Québec ». Ainsi, le Ministère a décidé de ne pas apporter de modification relativement à ces contaminants (Hébert, 2003). La figure 4 illustre le niveau de sévérité des critères québécois dans le cas du cadmium, comparativement à d’autres États. Bien que les teneurs limites permises au Québec soient restrictives, plusieurs biosolides répondent aux exigences grâce aux efforts de réduction de la pollution à la source. Par exemple, des villes comme Sherbrooke et Saguenay contrôlent leurs rejets de cadmium aux égouts. Les gouvernements, l’industrie et d’autres intervenants ont pour leur part interdit ou limité la vente ou l’utilisation de produits contenant du mercure et du plomb (thermomètres, lampes et amalgames dentaires au mercure; essence et peinture au plomb, etc.). Les résultats de ces efforts sont significatifs. À titre indicatif, les biosolides de Saguenay ont actuellement des teneurs en cadmium et en plomb très faibles (figure 5) et même comparables ou inférieures à celles qu’on retrouve naturellement dans plusieurs sols agricoles de cette région. Quant au mercure, sa teneur dans les biosolides de Saguenay se situe maintenant à environ 1 mg/kg, soit cinq fois moins que la teneur limite permise par le Ministère pour l’épandage agricole.
Figure 5 Diminution de la teneur en plomb des biosolides municipaux Par conséquent, la teneur actuelle en métaux lourds des biosolides au Québec et ailleurs est très différente de ce qu’elle était il y a 15 ou 25 ans. À titre indicatif, mentionnons une étude récente, publiée par le professeur John M. Peckenham (2005), de l’Université du Maine. Cette étude montre que les contenus en métaux lourds des biosolides municipaux et des fumiers de ferme sont maintenant du même ordre de grandeur, bien que ces teneurs varient en fait selon le type de fumier et de biosolide. Finalement, il faut aussi considérer que certains métaux lourds et autres éléments chimiques du « tableau périodique » sont aussi des « oligo-éléments » indispensables ou bénéfiques aux plantes, aux animaux et aux humains. Il s’agit notamment du cobalt, du chrome, du cuivre, du molybdène, du nickel, du sélénium, du zinc et même de l’arsenic. En définitive, la présence de ces « contaminants » dans les biosolides est théoriquement avantageuse d’un point de vue agronomique et nutritionnel, dans la mesure où les concentrations restent limitées, ce qui est la responsabilité du Ministère. Q-12 Y a-t-il des dioxines et furannes dans les boues de papetières? R-12 Les teneurs en dioxines et furannes des biosolides papetiers sont maintenant très faibles et sont comparables aux teneurs qu’on retrouve normalement dans les sols (< 4 ng EQT/kg). Cela résulte du fait que les produits chimiques de blanchiment qui étaient responsables de la formation de dioxines et furannes dans les procédés ont été abandonnés en raison de la réglementation provinciale sur les papetières (approche de réduction à la source). Voir aussi la réponse à la question 11. Mentionnons que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE, 1997) a consulté la population sur la gestion des matières résiduelles en général, notamment sur les résidus papetiers. Il a aussi été question de la valorisation agricole des biosolides papetiers lors de colloques agricoles, un sujet qui a fait l’objet d’un vidéogramme de vulgarisation réalisé en collaboration avec le MAPAQ. La valorisation des biosolides papetiers a également été documentée dans le Guide de référence en fertilisation du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ, 2003). Ce guide est largement utilisé par les agronomes et les agriculteurs québécois. Q-13 Si les eaux d’égouts sont toxiques pour les poissons, les boues sont-elles toxiques pour les plantes cultivées et les sols? R-13 Le film montre que des poissons meurent lorsque des eaux usées d’égouts municipaux non traitées sont déversées dans les cours d’eau. Ce problème a motivé l’implantation des stations d’épuration au Québec. Cependant, cette mortalité des poissons n’est pas en général due à la présence de produits chimiques industriels. Elle est plutôt attribuable à des composantes naturelles, soit l’azote ammoniacal de l’urine et la matière organique des excréments. Par analogie, un poisson dans un aquarium s’intoxique lui-même à cause de son propre fumier. C’est pourquoi l’eau doit être filtrée ou changée régulièrement. Par contre, l’eau usée d’un aquarium est un excellent engrais azoté pour les plantes d’intérieur, pourvu qu’on observe les règles élémentaires de l’hygiène (il est impératif de se laver les mains). De la même façon, les fumiers « humains » ou de ferme sont toxiques pour les poissons, lorsqu’ils sont déversés illégalement dans les cours d’eau. Cependant, ils deviennent un engrais efficace lorsqu’ils sont épandus sur les sols, avec les mesures préventives requises, sous la supervision d’un agronome professionnel, et conformément à la réglementation provinciale et aux règles de l’art (OAQ, 2004). Un écotoxicologue du Ministère, le Dr Raynald Chassé, a mesuré la toxicité en laboratoire de différents biosolides sur des organismes indicateurs (plantes, bactéries, vers de terre). Les résultats montrent une absence de toxicité ou une toxicité généralement moindre que celle des fumiers et lisiers (Chassé et al., 2003). Le Dr Chantal Beauchamp, de l’Université Laval, a également étudié l’impact qu’a sur le porc et la volaille l’ingestion directe de résidus papetiers de désencrage. Elle n’a relevé aucune toxicité chez ces animaux (Beauchamp et al., 2002). Q-14 Les biosolides sont-ils toxiques pour les vers de terre? R-14 Le film montre une parcelle de sol expérimentale dans une université de l’État de New-York où des biosolides municipaux ont été épandus il y a plus de 25 ans, en grande quantité (quantité estimée par le Ministère à environ 40 à 50 fois la dose agronomique normale au Québec, en se basant sur une publication du Dr Hellen Harrison (2004)). Dans les parcelles traitées, le Dr Harrison a observé que les vers de terre étaient absents. Dans de tels cas, une toxicité est donc possible. Toutefois, ces doses d’épandage ne sont pas permises au Québec. De plus, les teneurs en métaux lourds des biosolides municipaux sont maintenant beaucoup moins élevées qu’il y a 25 ans et elles tendent généralement à diminuer (voir la réponse à la question 11). Une étude publiée en 2005 par l’Université de l’État de Washington, à Seattle (Brown et al., 2005), montre que les biosolides municipaux actuellement produits favorisent l’établissement des vers de terre. En effet, un terrain contaminé par des activités minières a fait l’objet d’épandages significatifs. Dans les sols avec biosolides, on a retrouvé des vers de terre (Eisenia fetida), contrairement aux sols sans biosolides. Les biosolides ont même réduit la teneur en métaux lourds extractibles du sol minier (cadmium, plomb et zinc). Les auteurs concluent que l’épandage de ces biosolides municipaux a ainsi contribué à rétablir les fonctions écologiques d’un terrain minier dégradé. Pour ce qui est des biosolides papetiers, le Dr Adrien N’dayegamiye, de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement du Québec (IRDA) a aussi démontré que l’épandage de ces résidus augmentait le nombre de vers de terre dans les sols (N’dayegamiye et al., 2005). Voir aussi la réponse à la question 13, relativement aux tests de toxicité en laboratoire. Q-15 Y a-t-il des contaminants inconnus dans les biosolides? R-15 Oui. Mais il ne s’agit pas de métaux lourds, car les métaux sont connus et ceux à risque font l’objet d’un suivi. Au milieu des années 1990, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-Eau) et Environnement Canada ont regardé quels contaminants organiques étaient susceptibles de se retrouver dans les biosolides municipaux produits au Québec (Couillard et al., 1995; Webber, 1996). À l’heure actuelle, les études s’intéressent principalement aux résidus de produits de consommation courante (savons, crèmes à bronzer, surfactants, pilules contraceptives, médicaments, parfums, etc.) eu aux détergents industriels qui sont déversés dans les égouts. Une récente étude indique que la plupart de ces contaminants sont biodégradables et seraient donc biodégradés dans les stations d’épuration ou, à la suite de l’épandage, dans les sols agricoles qui sont biologiquement actifs (Webber et Sidhwa, 2005). Ces contaminants organiques dégradables ne peuvent donc pas être accumulés en fortes concentrations dans les sols à long terme, d’autant plus qu’ils sont au départ en faibles teneurs dans les biosolides. De plus, les nouveaux produits de consommation potentiellement toxiques et davantage persistants tendent à être bannis au fur et à mesure qu’on découvre leur toxicité, comme ce fut le cas avec les BPC et avec les produits contenant des dioxines et furannes (Bright et al., 2003). Toutefois, une récente étude canadienne indique qu’il faut poursuivre les recherches sur la toxicité des nouveaux produits de consommation courante ou industriels, notamment avec les produits peu dégradables (Webber et Sidhwa, 2005). Les polybromodiphénylséthers (PBDE) font partie de ces produits peu dégradables. Ils sont utilisés comme ignifuges dans plusieurs objets de consommation courante (ordinateurs, textiles, séchoirs à cheveux, rembourrage de meubles, matériaux de construction, etc.) et se retrouvent éventuellement dans les eaux usées et les biosolides. Déjà, certains fabricants ont décidé de ne plus les utiliser dans leurs procédés. Environnement Canada et le Conseil canadien des ministres de l’environnement (CCME) entament maintenant un projet pour déterminer quels contaminants organiques doivent faire l’objet d’un suivi ou de teneurs limites dans les biosolides municipaux. Le MDDEP suivra de près ces travaux. Le ministère est d’ailleurs à l’affût des informations et des recherches relativement aux contaminants inconnus ou moins connus. Au Québec, on a observé des baisses de rendement avec certaines cultures ayant reçu des biosolides papetiers ou municipaux et des composts il y a quelques années. Toutefois, après examen, il s’avère que ces problèmes n’étaient pas causés par des contaminants connus ou inconnus, mais par des erreurs agronomiques (manque d’azote, élévation excessive du pH du sol, etc.). Les agronomes et l’Ordre des agronomes ont été sensibilisés à ce sujet. Une récente étude écossaise montre un risque possible pour les moutons engraissés sur des pâturages fertilisés intensivement pendant cinq ans, avec des boues municipales, sur des parcelles de recherche (Catriona et al., 2005). Cela est possiblement attribuable au fait que les moutons ont ingéré directement les biosolides déposés à la surface du sol, mais le contaminant en cause n’a pas été identifié. Toutefois, ce type d’utilisation est rare au Québec. En effet, on épand peu de biosolides municipaux sur les sols agricoles et il s’agit surtout de biosolides de catégorie P2. Or, il est interdit d’utiliser des biosolides P2 sur les pâturages et les cultures pour l’alimentation humaine. Quant aux biosolides de catégorie P1 (niveau de désinfection le plus poussé), comme les composts, ils sont coûteux, ce qui n’incite pas les agriculteurs à les utiliser sur les pâturages. L’expérience allemande suggère qu’en conditions réelles, à la ferme, le risque posé par d’éventuels contaminants inconnus serait limité. Un fonds a été créé dans les années 1990 dans le but d’indemniser les agriculteurs pour d’éventuels dommages causés par l’épandage de biosolides municipaux. Or, huit ans après la mise en place du fonds, et la participation de 900 agriculteurs, aucune indemnité n’avait été versée pour des contaminants inconnus ou des dommages imprévisibles (Lupton, 1999). Q-16 Est-on absolument sûr que l’épandage des boues est sans risque? R-16 Il est impossible, selon la méthode scientifique expérimentale, de déclarer qu’une activité quelconque est absolument sans risque. L’expérience montre par ailleurs que toute activité humaine comporte des risques. Dans le cas de l’épandage agricole des boues municipales, le Ministère veille toutefois à ce que le risque soit très faible grâce à une approche « multi-barrières », dans la séquence suivante :
Au terme d’une étude sur la valorisation des boues municipales au Québec, le Dr André Labelle, du Réseau de la santé publique du Québec, conclut que : « Lorsque bien encadrée, l’utilisation des boues d’épuration traitées est somme toute sécuritaire. Le risque existe toutefois dans des conditions < déviantes> » (Labelle, 1995). De telles conditions ont été observées occasionnellement au Québec, au début des années 2000, avec des épandages non conformes de résidus fortement malodorants, notamment des boues d’abattoirs non chaulées à l’usine (Fortin, 2000) et des biosolides papetiers contenant du soufre (Thériault, 2001). Dans ce dernier cas, selon le Dr Guylène Thériault, MD, qui a documenté l’incident, décrivait les divers malaises ressentis par onze citoyens de Clarendon en Outaouais: nausées, vomissements, diarrhée, exacerbation de l’asthme. Ces malaises semblent en lien avec les odeurs, puisque plusieurs citoyens ont qualifié l’odeur comme étant « intolérable ». Il est d’ailleurs possible, bien qu’on ne puisse l’affirmer, que certains malaises ressentis par des citoyens américains et ontariens, tels que décrits dans le film, aient été causés par les odeurs de certains biosolides particulièrement malodorants. À la suite de ces problèmes d’odeurs, le Ministère a réalisé un sondage de perception des odeurs des biosolides et autres MRF, comparativement aux engrais de ferme (Groeneveld et Hébert, 2002). Suite à ces résultats, le Ministère a interdit en 2002 l’épandage des résidus qui seraient plus malodorants que les fumiers et lisiers, à moins de leur faire subir un traitement de désodorisation. Les distances séparatrices par rapport aux habitations voisines ont également été augmentées. Q-17 Au Québec, les règles d’épandage sont-elles respectées? R-17 Les activités de contrôle du Ministère montrent les faits suivants :
Ces résultats de conformité sont relativement élevés pour le secteur agricole. On a cependant moins de données statistiques sur le respect des normes et critères d’épandage au champ par les agriculteurs. Toutefois, un sondage auprès des agriculteurs a montré qu’ils connaissent en général les distances séparatrices d’épandage pour la protection de l’eau de surface et de l’air (odeurs) (Groeneveld et Hébert, 2003b). Par contre, le sondage indiquait aussi un manque de connaissance des agriculteurs concernant les mesures préventives à observer pour l’épandage sur les pâturages. Le Ministère a donc décidé en 2004 d’interdire complètement l’épandage de biosolides de catégorie P2 (équivalent de la catégorie B aux États-Unis) sur des pâturages et des cultures pour l’alimentation humaine. Il s’agit d’un bannissement partiel. Des activités de valorisation sans autorisation ont par ailleurs été réalisées dans une quinzaine de cas en 2004 pour diverses MRF et on fait l’objet d’avis d’infraction. De plus, il y a eu quelques cas anecdotiques d’épandages illégaux de boues de fosses septiques réalisés sans autorisation au cours des dernières années (voir la réponse à la question 16). La délation d’activités douteuses auprès du Ministère est encouragée pour restreindre et corriger les activités illicites qui présentent les risques les plus préoccupants. Q-18 Le principe de précaution ne doit-il pas nous inciter à bannir l’épandage, comme en Suisse? R-18 Il faut faire une mise en contexte. Selon André Beauchamp (2001), membre du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement : « Si nous voulons que le principe de précaution veuille dire quelque chose, il est important de ne pas chercher trop vite à l'appliquer partout, mais d'en restreindre l'usage aux :
Étant donné que la documentation scientifique dans le domaine est volumineuse et tend généralement à indiquer l’innocuité de la valorisation agricole des biosolides municipaux - lorsqu’elle est faite selon les normes en vigueur - le principe de précaution ne trouve possiblement pas d’application stricte. D’ailleurs, au terme d’une évaluation globale de la littérature scientifique, la National Academy of Science des États-Unis (NAS, 2002), a pris la position suivante: « There is no documented scientific evidence that Part 503 rule has failed to protect public health. However, additional scientific work is needed to reduce persitent uncertainty... ». Cette prise de position émanant de la plus haute autorité scientifique aux États-Unis concernant la réglementation fédérale américaine (règlement 503) ne milite donc pas pour un moratoire sur l’épandage, mais pour la poursuite de travaux de recherche sur certains points précis, comme les odeurs et les bioaérosols (pathogènes transportés par le vent). En ce domaine, et contrairement à la réglementation fédérale américaine, le Québec impose déjà des distances séparatrices d’épandage par rapport aux habitations voisines afin de prévenir tout risque de contamination de la population rurale par des pathogènes fécaux (Forcier, 2002). Les plus récentes études universitaires confirment que ces distances séparatrices sont sécuritaires relativement aux pathogènes (Brooks et al., 2005). Les distances séparatrices ne peuvent toutefois pas garantir une absence d’odeur, mais elles réduisent les inconvénients en zone rurale. Récemment, le Québec a aussi décidé de procéder à des bannissements partiels, comme par exemple, l’interdiction d’épandage de biosolides de catégorie P2 sur les pâturages et les cultures d’alimentation humaine (MDDEP, 2004). Il en va de même de l’interdiction d’épandre certaines matières plus à risque à cause de la « maladie de la vache folle » à même le Règlement sur les exploitations agricoles. Ces bannissements partiels ont été motivés par une approche de prudence et de précaution sélective par rapport au risque à prévenir. En Suisse, la décision prise au début des années 2000 de bannir complètement l’épandage de boues d’abattoirs et municipales invoquait le principe de précaution, en se basant sur les incertitudes et inconnues concernant notamment la transmission de la « maladie de la vache folle» (Sanderson, 2004). Toutefois, depuis ce temps, le niveau d’incertitude a fortement diminué, puisque les risques liés cette maladie ont été documentés et s’avèrent très faibles (voir la réponse à la question 8). La Suisse a toutefois maintenu sa position en raison d’autres incertitudes concernant des micropolluants persistants dans les sols, comme cela est mentionné dans le film. Q-19 Les critères québécois et américains sont-ils les mêmes? R-19 Non. Bien que le Québec se soit au départ basé sur l’approche fédérale américaine (et les critères ontariens) pour établir ses premiers guides de bonnes pratiques, l’approche québécoise actuelle s’en distingue maintenant par les éléments suivants :
Afin de définir ce qu’était un biosolide ou un compost acceptable au niveau de la protection de la santé et de l’environnement, le Ministère s’est basé en grande partie sur les récents travaux de normalisation du Bureau de normalisation du Québec (BNQ, 2002; 2005). Le BNQ a constitué des comités canadiens réunissant des générateurs de biosolides et résidus organiques (villes, centres de compostage), des utilisateurs (UPA, pépinières, fabricants d’engrais, groupes communautaires), ainsi que des spécialistes et des représentants des gouvernements provinciaux et fédéral. Les normes retenues ont fait l’objet de consensus, au sein des comités, et des consultations publiques se sont tenues dans le cadre des procédures normalisées par le Conseil canadien des normes. Fort de ces consensus établis par le BNQ, le Ministère a ensuite repris l’essentiel des normes volontaires du BNQ sur les composts et les biosolides et les a intégrées dans ses propres critères (MDDEP, 2004). Plusieurs critères américains ont toutefois été retenus, ou adaptés, afin de s’assurer que les critères québécois demeurent parmi les plus restrictifs en Amérique du Nord. C’est notamment le cas avec certains critères relatifs aux pathogènes et aux contaminants chimiques (arsenic et plomb). L’ensemble de ces normes et critères se trouve dans le Guide sur la valorisation des matières résiduelles fertilisantes (MDDEP, 2004). L’annexe 1 du Guide présente l’origine de chaque critère. L’origine des critères sur les pathogènes est discutée plus en détail par Hébert (2005a). Q-20 Le sac de compost que j’achète au centre jardin contient-il des biosolides municipaux? R-20 Cela est possible, mais est en pratique assez rare. D’abord, les biosolides municipaux représentent moins de 15 % des matières compostées au Québec, le reste étant constitué de fumiers animaux, de résidus forestiers, de biosolides papetiers, de feuilles et gazon et d’autres résidus organiques. De plus, le compost produit avec les biosolides municipaux n’est généralement pas vendu en sac, mais plutôt en vrac. Toutefois, soulignons que ces produits ensachés sont considérés aussi sécuritaires que les autres composts, car ils doivent tous respecter les normes d’innocuité de l’Agence d’inspection des aliments (ACIA), dont l’absence de salmonelles. L’Agence exige également la mention du terme « matière d’égout traitée » lorsque l’étiquette fait mention des ingrédients. Q-21 Les fruits et légumes que j’achète au magasin ont-ils été cultivés avec des biosolides? R-21 Au Québec, on estime que moins de 0,02 % des terres cultivées font annuellement l’objet d’épandage de biosolides municipaux sur des cultures pour l’alimentation humaine. Il s’agit uniquement de biosolides ayant le niveau de désinfection le plus poussé (catégorie P1). Quant aux fruits et légumes importés, la proportion qui est cultivée avec des biosolides n’est pas connue. Cependant, plusieurs industries agro-alimentaires comme Nestlé, Del Monte et Dole ont décidé de leur propre chef de ne plus acheter de produits fertilisés avec des boues d’épuration municipales, en raison des craintes et perceptions de leurs clients. Le même phénomène a été observé en Europe (Lupton, 1999). Il y a toutefois eu des cas anecdotiques d’aliments importés ayant été contaminés par des pathogènes fécaux, à cause de l’utilisation d’eau d’irrigation insuffisamment désinfectée. Ce risque existe également avec les végétaux consommés crus et fertilisés avec des fumiers de ferme non traités ou insuffisamment compostés. L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a le mandat de s’assurer que les produits végétaux utilisés pour la consommation respectent les normes fédérales d’innocuité. Q-22 Devrait-on obliger l’étiquetage obligatoire des aliments produits avec des biosolides? R-22 Sur la base des études scientifiques réalisées au Québec et à l’étranger, concernant le risque pour l’alimentation humaine (voir les questions 11 et 21), l’étiquetage obligatoire ne semble pas nécessaire. Toutefois, ce domaine de juridiction ne relève pas du Ministère, mais de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Des fabricants alimentaires peuvent aussi, sur une base volontaire, indiquer que leurs produits n’ont pas été cultivés avec certains types d’intrants. Quant aux certifications biologiques, elles bannissent l’utilisation des boues municipales, tout comme l’utilisation des OGM, des fumiers non compostés ainsi que des pesticides et engrais de synthèse. Q-23 L’incinération des biosolides est-elle la solution? R-23 La réponse mérite des nuances. Un rapport préparé pour la Commission européenne a comparé les avantages et inconvénients des différents modes de gestion des boues municipales, dont l’incinération, l’enfouissement et le recyclage. Il conclut que la valorisation agricole est valable au niveau environnemental (Aubain et al, 2002). L’incinération peut néanmoins s’avérer utile dans le cas de biosolides qui seraient fortement contaminés, donc non valorisables. Mais l’incinération comporte également des inconvénients ou des risques. Chaque situation doit être envisagée au cas par cas et en fonction de la technologie utilisée. De plus, avec l’incinération, il faut tenir compte de la production d’une cendre résiduelle qui doit être enfouie. L’incinération pourrait également être incompatible avec les objectifs de valorisation des matières résiduelles par les MRC, à moins qu’il y ait récupération de l’énergie et valorisation des cendres produites. L’implantation de nouveaux incinérateurs pourrait aussi susciter un courant d’opposition chez les citoyens dans diverses régions du Québec. Par exemple, si les municipalités qui valorisent actuellement leurs biosolides décidaient subitement d’arrêter de le faire, l’option de rechange à moyen terme, avant d’implanter de nouveaux incinérateurs, sera l’enfouissement sanitaire des boues avec ses impacts potentiels sur l’environnement (biogaz à effet de serre, lixiviation, perte de matières premières, etc.). De façon plus globale, si le recours à l’incinération se traduisait par une augmentation des frais de gestion, les villes devront alors retarder l’implantation d’autres projets importants d’assainissement urbain (rénovation des infrastructures, traitement tertiaire, captage des débordements lors des orages, etc.) ou augmenter le niveau de taxation des citoyens utilisant les services d’égouts, ce qui aurait un impact en terme de développement durable. Ainsi, chaque mode de gestion des boues retenu par les municipalités comporte des avantages et des inconvénients. Il n’y a pas de solution unique et sans conséquence pour la santé et l’environnement. Q-24 Le gouvernement du Québec oblige-t-il le recyclage des biosolides? R-24 Non. Seuls les biosolides ayant la qualité voulue peuvent être valorisés. Les municipalités sont également libres de choisir le mode de gestion approprié à leur contexte. Par contre, la Politique québécoise sur la gestion des matières résiduelles 1998-2008 encourage la valorisation, si cela est possible, en vertu de l’approche des 3RV-E (article 5.6.8 de la Politique). Ces orientations gouvernementales découlent de consultations préalables réalisées par le Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE) en 1996. La recommandation 18.2 du rapport du BAPE (1997) veut « qu’une préférence soit accordée à la valorisation des boues à des fins agricoles, sylvicoles et horticoles plutôt qu’à la valorisation thermique, dans la mesure où ces boues présentent des caractéristiques compatibles avec l’usage que peuvent en faire les secteurs concernés; la mise en décharge ne devrait être autorisée qu’en dernier recours ». Les municipalités peuvent donc décider de ne pas procéder à la valorisation agricole ou au compostage des biosolides et boues de fosses septiques produits sur leur territoire. Toutefois, elles doivent considérer les inconvénients environnementaux, sociaux et économiques rattachés aux autres modes de gestion par enfouissement ou incinération (voir la réponse à la question 23). Peu importe le mode de gestion retenu au niveau local, le Ministère s’assurera qu’il est réalisé en conformité avec sa réglementation environnementale. Mentionnons par ailleurs qu’une municipalité en zone rurale peut prohiber l’épandage des boues sur son territoire, en raison des odeurs, pendant un certain nombre de jours durant l’année. Ce pouvoir est cependant balisé par l’article 52 de la Loi sur les compétences municipales. Q-25 Les boues sont-elles un sujet tabou? R-25 L’univers des matières fécales est empreint de connotations psychologiques négatives, conscientes ou inconscientes. Il en va donc de même des boues d’épuration municipales. Cela influence indéniablement le débat de la valorisation des boues et tend à le rendre plus subjectif que d’autres débats de société. Par contre, l’écologie et l’agronomie nous font voir les matières fécales comme un facteur important de productivité des écosystèmes, de protection des sols et de prévention de l’érosion des sols vers les cours d’eau. De tout temps, les excréments humains et animaux ont été utilisés pour fertiliser les cultures et subvenir aux besoins alimentaires de la population. La valorisation des biosolides permet de les utiliser pour ce qu’ils sont d’abord et avant tout : des fumiers. Néanmoins, le recyclage des « fumiers humains » comporte certains risques et suscite beaucoup d’inquiétudes, ici et ailleurs. En définitive, les principaux risques seraient surtout liés aux composantes « naturelles » des excréments humains et animaux (pathogènes, odeurs, matière organique soluble, azote, phosphore) plutôt qu’aux contaminants chimiques d’origine industrielle. Le Ministère a pris une approche prudente et préventive afin de s’assurer que ces risques soient bien contrôlés et que la santé humaine et la qualité de l’environnement soient protégés. D’autres éléments de réponse à des questions fréquemment posées sur les biosolides et les MRF se trouvent à l’adresse suivante : http://www.mddep.gouv.qc.ca/matieres/mat_res/fertilisantes/faq.htm |