Les aventures de Rafale
Le virus du Nil occidental pique ma curiosité
Toute la nature
reprend vie sans exception, des fleurs les plus agréables aux insectes les plus
insupportables. Rafale et Fyto se sont couverts de la tête aux pieds pour ne pas
être trop incommodés par les moustiques. En compagnie de la grand-mère de Fyto,
qui habite près d'un magnifique sous-bois, ils réaménagent quelques massifs de fleurs
et nettoient la terrasse. Derrière un buisson, Rafale découvre un oiseau mort.
Oh non!
Venez voir!
Qu’est-ce
qu’il y a? As-tu trouvé quelque chose d’anormal?
Oh zut! Un de mes geais bleus!
Vous le
reconnaissez au premier coup d’œil?
Oui! Il faut avouer que le geai bleu est facile à identifier. C’est vraiment un oiseau superbe! Très peu d’oiseaux arborent un manteau aussi éclatant. Regardez ce plumage bleu intense parsemé de petites taches blanches et noires et cette huppe si caractéristique. Vous voyez, la huppe est cette petite touffe de plumes au-dessus de sa tête, elle est très visible. Son cri retentissant ne passe pas inaperçu non plus!
Je les connais presque tous, les oiseaux qui fréquentent mon jardin à un moment ou l’autre de l’année. Les mangeoires que nous avons suspendues autour de la maison nous permettent de les observer pendant qu’ils se nourrissent.
Avez-vous
remarqué? Il est intact! Que lui est-il arrivé?
C’est vrai qu’il est en bon état, mais dans les circonstances, il ne nous reste plus qu’à le ramasser pour le jeter. S’il vous plaît, n’y touchez pas avec vos mains nues, je reviens avec des sacs de plastique.
Pourquoi ta
grand‑mère prend-elle tant de précautions?
Tu ne sais
pas, Rafale? Il est déconseillé de prendre un oiseau mort ou malade à mains
nues. S’il t’arrivait d’y toucher, il faudrait te laver vigoureusement les mains
avec du savon, sans trop attendre. Les oiseaux ont tendance à porter toutes
sortes de
bactéries.
Tu veux dire
que, par simple contact, un oiseau malade ou trouvé mort pourrait nous
transmettre des maladies?
Pas dans tous
les cas. Il s’agit d’une mesure de précaution générale à prendre parce qu’on
ignore la cause du décès de l’animal. Si notre geai bleu est infecté par le
virus du Nil occidental (VNO), par exemple, nous ne risquons pas d’attraper la
maladie par simple manipulation.
Le virus du
Nil? J’ai déjà entendu parler d’un fleuve d’Afrique portant ce nom. S’agirait-il
d’un virus qui provient de ce continent?
Exactement.
Ce virus a été repéré pour la première fois en Ouganda, près du Nil, en 1937. Il
s’est répandu, entre‑temps, dans plusieurs pays d’Afrique ainsi qu’au
Moyen-Orient, en Europe et en Asie. Il est apparu en Amérique du Nord en 1999, à
New York plus précisément. Au Québec, le premier cas d’infection humaine a été
confirmé au milieu de l’été 2002.
![]() Moustiques du genre Culex - Culex pipiens et Culex restuans qui sont considérés comme principaux vecteurs du virus du Nil aux États-Unis. Source : Flash VNO, vol. 1, no 2 - Photo MSSS |
Comment
a-t-il pu traverser l’océan Atlantique?
Quelques
hypothèses ont été émises pour tenter d’expliquer la présence de ce virus sur le
continent américain. Peut-être que des oiseaux infectés ont migré vers les côtes
d’Amérique, ou alors des oiseaux exotiques malades ont été importés ici pour le
commerce? Peut-être encore des
moustiques
porteurs ont-ils voyagé jusque
chez nous au travers de bagages par avion ou par bateau?
Qu’est-ce
que les moustiques ont à voir là-dedans?
Ils sont les
grands responsables de la transmission du virus. Non seulement ces insectes
piqueurs accélèrent sa propagation dans la population
aviaire, mais en
plus, ils peuvent infecter des humains au passage.
Voilà que
tout se complique, puisque nous sommes envahis par les moustiques du mois de mai
aux premières gelées de chaque année!
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Cycle de transmission du VNO
Source : |
Bien
sûr, mais il y a un détail important à considérer : nous ne sommes impliqués
qu’accidentellement dans le cycle de transmission de ce virus. Les moustiques choisissent de préférence des
oiseaux comme victimes. Comme je te le disais, ce cycle concerne avant tout des
moustiques et des oiseaux, mais il peut aussi affecter des humains, des chevaux
et, dans de très rares cas, des animaux sauvages et domestiques.
Dis-moi,
Fyto, il se manifeste comment ce virus chez l’humain? Quels en sont les
symptômes?
Avant de
développer des symptômes, il faut d’abord avoir été infecté par un moustique
contaminé.
Dans certains cas, les gens infectés pourront présenter des symptômes
s’apparentant à une grippe de courte durée. Dans d’autres cas plus rares,
notamment chez des personnes qui ont un faible système de défense contre les
maladies — plus souvent les personnes âgées — des complications peuvent se
manifester et même entraîner la mort.
C’est
sérieux!
Certainement!
Et c’est également pris très au sérieux par les autorités médicales et les
organismes de santé publique, qui ont mis en oeuvre des mesures de surveillance.
Qui
surveille ce phénomène inusité?
Les
spécialistes de la santé sont avertis et demeurent sur leurs gardes. De plus,
des comités d’experts en santé publique surveillent de près la propagation du
virus chez l’humain, tout autant que chez les oiseaux et les moustiques.
Plusieurs ministères et organismes au Canada se sont engagés dans
un plan d’intervention, chacun selon son expertise. Au Québec, l’application
préventive de
larvicides s’est déroulée dans certaines zones plus à
risque au cours du printemps 2003.
L’emploi de
pesticides n’est-il pas la meilleure solution pour diminuer les populations d’insectes
nuisibles
qui transmettent ce virus?
Oui, sauf que
certains de ces produits ne sont pas sans danger pour la santé humaine et l’environnement.
Cependant, les larvicides qui ont été utilisés sont biologiques et donc
inoffensifs. De plus, plusieurs moyens de prévention écologiques sont également
à notre portée pour contrer la transmission du virus du Nil occidental.
Quelques précautions à prendre pour
éviter les piqûres de moustiques
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Quels sont
ces moyens?
Plusieurs
recommandations sont diffusées sous diverses formes afin de permettre à chacun
de faire un peu de prévention dans son environnement immédiat. Fais-moi penser
de te donner quelques bonnes adresses Internet pour en connaître davantage sur
le sujet, car pour agir adéquatement en toute situation, il faut être bien
informé.
Tu n’as peut-être pas remarqué, mais, pour l’essentiel, grand-maman nous a déjà
donné de bons conseils pour ne pas trop attirer les moustiques.
Je les ai
appliqués! Je me suis couvert de vêtements longs, amples et de couleur pâle de
la tête aux pieds. Mais j’aurais un peu de difficulté à rester enveloppé de la
sorte en plein mois de juillet!
C’est bien
évident! Mais ne t’en fais pas, il existe d’autres façons d’éviter les piqûres
de moustiques! Moi, je mets toutes les chances de mon côté lors de mes activités
extérieures. Présentement, par exemple, nous nous exposons davantage aux
moustiques en remuant la terre et les feuillages.
Ce serait pire encore si nous avions commencé nos travaux très tôt ce matin.
Savais-tu que les moustiques sont plus abondants à l’aube, au crépuscule et
pendant la nuit? Et qu’ils sont très actifs après une pluie?
Oui, mais à
ces moments-là, nous n’avons qu’à nous enduire d’insecticide
pour nous
protéger contre les piqûres.
Tu veux dire
d’insectifuge!
Quelle est
la différence?
L’insectifuge
éloigne les moustiques, tandis que l’insecticide les tue sur-le-champ. Tu ne
dois surtout pas employer d’insecticide domestique sur toi! Les risques
d’intoxication sont très élevés, ce produit n'étant pas du tout conçu pour cet
usage. Quant à l’insectifuge, tu peux l’employer avec modération, en ayant
d’abord pris connaissance des recommandations du fabricant.
Comment? Êtes-vous incommodés par les moustiques? Je vous ai entendu parler d’insectifuge.
Merci, ça va
pour le moment.
C’est vrai qu’au milieu de la journée ils sont beaucoup moins présents. Mais il faut que je vous dise, cette année, j’ai pris des moyens supplémentaires pour réduire la quantité de moustiques dans mon environnement. Et je m’aperçois que mes efforts portent fruit! En effet, j’évite de laisser traîner des objets dans lesquels une accumulation d’eau pourrait favoriser la multiplication des moustiques. Pour ce qui est du bain d’oiseaux que vous apercevez là-bas, je le désinfecte et j’en change l’eau toutes les semaines.
As-tu apporté
tout ce qu’il faut pour ramasser ton oiseau, grand-maman?
Oui, je vais vous montrer. J’aurais très bien pu prendre des gants imperméables, mais j’ai préféré le sac double dans lequel j’enfile ma main pour le saisir. Par la suite, je retourne le sac à l'envers pour envelopper l’oiseau sans y toucher. Plus tard, j’appellerai au 1 800 363-1363 pour aviser Communications Québec de ma découverte. Ils me diront quoi faire et peut-être quelqu'un d'un organisme responsable viendra-t-il chercher l’oiseau.
Croyez-vous
que ce geai bleu était atteint du virus du Nil occidental?
C’est possible, puisque le geai bleu fait partie de la famille des corvidés. Cette catégorie d’espèces est la plus durement touchée par le virus du Nil. Elle fait donc l’objet d’une surveillance particulière, car elle est un bon indicateur de la présence du virus sur un territoire donné. Cette famille comprend une centaine d’espèces différentes, dont les plus connues sont le grand corbeau, la corneille d’Amérique, le geai bleu et le mésangeai du Canada.
Vous avez
piqué ma curiosité! Comment puis-je en savoir un peu plus sur le sujet?
Si tu as
d’autres questions précises, tu peux appeler au numéro que je t’ai donné tout à
l’heure et ils sauront te renseigner.
Quelques bonnes adresses pour en savoir plus sur le virus du Nil :
Ouvrages de référence
BOURRASSA, Jean-Pierre. Le moustique, par solidarité écologique, Montréal, Éditions du Boréal, 240 p.
PAQUIN, Jean. Les oiseaux aux mangeoires, attirez-les en toute saison, Waterloo (Québec), Éditions Michel Quintin, 2002, 239 p.
Mai 2003



