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Projet hydroélectrique Eastmain-1-A
et dérivation Rupert
Le mercure et la santé
L’exposition des Cris au mercure présent dans
l’environnement, parce qu’ils consomment du poisson, est un phénomène
relativement bien connu depuis les années 1970. Il repose à la fois sur la
contamination par les émissions atmosphériques industrielles transportées
sur de longues distances et la présence naturelle du mercure inorganique
dans le milieu. Au début des années 1980, le promoteur est devenu un acteur
important de la gestion de cette question de santé publique, puisque les
réservoirs du complexe La Grande se sont avérés des milieux favorables à la
bioaccumulation du méthylmercure dans la chair des poissons. Même si la
connaissance des phénomènes géochimiques qui entourent la libération du
mercure et sa méthylation laisse encore place à un débat scientifique, il
est reconnu que la conséquence principale de la libération du mercure est
l’augmentation marquée des teneurs en mercure des poissons.
Au cours des dernières décennies, le promoteur a procédé à
un suivi rigoureux des teneurs en mercure dans la chair de différentes
espèces de poissons et a élaboré un guide d’information portant sur la
fréquence de consommation, en fonction des lieux de pêche et des espèces
capturées. Le promoteur a également participé à l’estimation des doses
quotidiennes acceptables de méthylmercure pour les différents groupes de la
population (enfants, adultes, femmes en âge de procréer), qui sont à la base
des recommandations de consommation. En 1986, le promoteur et le
gouvernement du Québec signaient avec les Cris la convention sur le mercure
dont l’objectif consiste à réduire le plus possible les effets potentiels du
mercure sur la santé des Cris, sur leur mode de vie de même que sur leurs
activités traditionnelles de chasse et de pêche.
Cependant, au cours des dernières années, les changements en
matière d’habitudes alimentaires, combinés avec les restrictions sur la
consommation de poisson, ont fait en sorte que cette dernière a chuté
substantiellement. Une certaine partie de la population crie manifeste
maintenant une réticence marquée à consommer du poisson, peu importe sa
provenance. De façon générale, il semble, qu’effectivement, la consommation
du poisson, et donc l’exposition au mercure, a diminué considérablement
entre 1986 et 1996. Depuis cette époque, les données disponibles sur les
teneurs en mercure chez les Cris indiquent que la consommation de poisson a
continué à diminuer.
Dix ans après la fin de la première convention sur le
mercure, on reconnaît les bienfaits de la consommation de poisson pour la
santé, tout en respectant les règles de consommation édictées relatives au
mercure pour les différentes espèces et les différents plans d’eau. On
constate cependant que le promoteur a, dans le passé, pris des décisions
dans le domaine de la santé publique, alors qu’il revenait au CCSSSBJ
d’assurer la protection de la santé des Cris et de piloter des initiatives
dans ce domaine, telles que l’élaboration et la mise en place de moyens
efficaces de diffusion des informations.
Le projet et les teneurs en mercure
: question de la consommation
La problématique de la bioaccumulation du mercure fait
partie des impacts négatifs du projet de la centrale de l’Eastmain-1-A et
dérivation Rupert. Le projet entraînera l’augmentation des taux de mercure
dans les poissons vivant dans six milieux :
-
le réservoir Eastmain 1;
-
le bief Rupert amont;
-
le bief Rupert aval;
-
la rivière Rupert, à l’aval immédiat de l’ouvrage de
contrôle;
-
la rivière Lemare, à l’aval immédiat de l’ouvrage de
restitution des débits;
-
la rivière Nemiscau, à l’aval immédiat des deux ouvrages de
restitution des débits.
Quant aux recommandations de consommation de poisson, il y
aura une restriction supplémentaire à la consommation pour les adultes en
général, par rapport à l’état de référence pour les six milieux modifiés
identifiés plus haut, sauf dans la rivière Rupert à l’aval immédiat de
l’ouvrage de contrôle, puisque les teneurs prévues seront à l’intérieur de
la fourchette des valeurs en mercure actuellement rencontrées dans ce
secteur de la rivière. Dans le cas du réservoir Eastmain 1, il y aura une
prolongation d’un an des restrictions à la consommation de poisson.
Rappelons que ce milieu aquatique créé en 2005 sera déjà soumis à des
mesures restrictives particulières de consommation lors de la mise en eau
des biefs qui est prévue pour 2009.
Le promoteur prévoit que le retour à des recommandations de
consommation équivalentes à l’état de référence s’effectuera entre 2016 et
2021 pour le grand corégone, en 2024 ou en 2025 pour le grand brochet, en
2026 ou 2028 pour le doré jaune et en 2028 pour le touladi. En 2028, d’après
le promoteur, les recommandations de consommation du poisson seront les
mêmes qu’à l’état de référence pour toutes les espèces pour les six milieux
touchés par le projet.
Avec le Fonds Eastmain-1-A/Rupert sur le mercure s’élevant à
3 M $ pour une durée de douze ans, le promoteur s’engage à poursuivre le
suivi sur l’évolution des concentrations en mercure dans la chair des
poissons dans les différents secteurs de la zone d’étude et à actualiser les
données sur le niveau de contamination des Cris. Il faut également signaler
que des mesures d’atténuation à la source, telles que le décapage ou le
déboisement total de certaines strates de végétation, apparaissent
difficilement réalisables à l’échelle du projet.
Conditions imposées au promoteur
Une fois que le projet est autorisé, le promoteur doit
fournir les données sur l’évolution des teneurs en mercure dans la chair des
poissons et assurer un soutien technique et scientifique au Conseil cri de
la santé et des services sociaux de la Baie-James (CCSSSBJ). De plus, en
collaboration avec le CCSSSBJ, une instance vouée à la protection de la
santé publique des Cris, il doit présenter un rapport sur l’évolution de la
recherche portant sur la problématique du mercure dans une perspective de
santé globale et sur l’efficacité des campagnes d’information concernant le
mercure et la consommation de poisson.
De plus, puisque la durée de la nouvelle convention sur le mercure, signée
en 2001, est nettement moins longue que celle de l’évolution des teneurs en
mercure dans la chair des poissons des réservoirs, depuis l’augmentation
initiale jusqu’à l’atteinte de valeurs comparables aux plans d’eau naturels,
le promoteur doit déposer auprès du ministère du Développement durable, de
l’Environnement et des Parcs, dans le cadre de la procédure nordique
d’évaluation et d’examen des impacts environnementaux, un bilan des
activités régies par la convention et un état de la situation de l’évolution
des teneurs en mercure. Ce rapport devra faire état du bien-fondé de
reconduire ou non la convention et de préciser, le cas échéant, les
objectifs et les orientations contenus dans la nouvelle entente.

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