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Projet hydroélectrique Eastmain-1-A
et dérivation Rupert
Maintien de la productivité piscicole
1) Secteur à débit réduit
2) Secteur des biefs Rupert
Dans la zone d’étude du projet, deux secteurs subiront des
modifications plus importantes de leurs écosystèmes aquatiques : le secteur
à débit réduit et le secteur des biefs Rupert. Même si l’examen des impacts
a porté sur l’ensemble de la zone d’étude du projet, ces deux secteurs
feront l’objet de mesures d’atténuation et de compensation particulières, en
plus d’un programme de suivi de la faune piscicole et de ses habitats.
Secteur à débit réduit
La rivière Rupert s’étire sur 560 kilomètres, du lac
Mistassini à la baie de Rupert. La coupure partielle de la rivière se fera à
314 kilomètres de son embouchure. Afin de protéger entre autres l’habitat du
poisson et d’assurer le maintien des espèces piscicoles présentes, un régime
de débits réservés écologiques a été prévu en aval du barrage de la rivière
Rupert. Ce régime sera modulé en fonction des espèces de poisson présentes
dans la rivière et de leur cycle biologique, soit : la fraie printanière,
l’alimentation estivale, la fraie automnale et l’incubation hivernale des
œufs. Au point de coupure, 71 % du débit annuel moyen de la rivière sera
dérivé, tandis que 29 % de ce débit suivra son cours naturel. Toutefois,
grâce aux apports intermédiaires d’eau par les tributaires, le débit à
l’embouchure de la rivière Rupert, près de Waskaganish, correspondra à 48 %
du débit moyen annuel. Également, sept seuils et épis, de même qu’un tapis
en enrochement seront construits à différents endroits le long des 314
kilomètres en aval du point de coupure. Ces ouvrages hydrauliques
permettront de maintenir 91 % de la superficie d’habitat pour le poisson.
La qualité de l’eau demeurera adéquate et permettra le
maintien des écosystèmes aquatiques. Dans les rivières Lemare et Nemiscau,
des ouvrages de restitution des débits permettront de conserver les mêmes
débits moyens modulés que dans les conditions actuelles.
La communauté de poissons de la rivière Rupert compte 22
espèces. Dans les tronçons influencés par les ouvrages hydrauliques, les
vitesses de courant diminueront, accentuant le caractère lentique de
ceux-ci. Ce phénomène pourrait être favorable aux espèces qui ont des
préférences pour ce type d’habitat, soit l’esturgeon jaune, le doré jaune,
le grand corégone, le grand brochet et la ouitouche. Toutefois, le potentiel
global de production diminuera de 10,7 % (sans tenir compte du lac Nemiscau,
qui ne sera pas affecté), touchant principalement le meunier rouge, la
lotte, le ménomini rond, l’omble de fontaine et le queue à tache noire.
Seules quatre des 166 frayères répertoriées seront touchées par la
modification du débit de la rivière ou par la construction des ouvrages
hydrauliques.
La population anadrome de cisco de lac, une espèce
particulièrement importante pour la communauté crie de Waskaganish (qui la
pêche au site de Smokey Hill), s’alimente dans la baie de Rupert et dans la
baie James pendant la saison estivale. À la fin de l’été et au début de
l’automne, elle remonte dans la partie inférieure de la rivière Rupert
jusqu’au point kilométrique (PK) 24,5. Malgré la diminution du débit à
l’embouchure de la rivière, le cisco de lac anadrome pourra continuer de
migrer jusqu’en amont du site actuel de fraie compris entre les PK 13,5 et
24,3. La mise en place d’un tapis en enrochement au PK 20,4 contribuera au
maintien, en amont de l’ouvrage, des profondeurs moyenne et maximale et de
la superficie des habitats aquatiques. De plus, malgré des changements dans
les conditions hydrauliques en aval et en amont du tapis en enrochement, les
conditions propices à la fraie de cette espèce seront maintenues.
Le promoteur devra faire approuver par le Ministère son
programme de suivi de la faune piscicole et de son habitat. Il fera un suivi
de la communauté de poissons, ainsi que de la dynamique des populations
piscicoles dans la rivière Rupert. Le promoteur devra aussi inclure dans son
suivi la dérive larvaire au printemps. De plus, il devra collaborer avec la
communauté de Waskaganish et les maîtres de trappe concernés afin
d’effectuer un suivi de la structure de la population et de la migration du
cisco de lac anadrome en aval du PK 25 et faire la promotion de
l’enregistrement volontaire des captures.
Différentes mesures d’atténuation et de compensation seront
mises en place afin de limiter les impacts du projet sur le poisson et son
habitat. Parmi celles-ci, trois nouvelles frayères devront être aménagées
sur les 314 premiers kilomètres de la rivière Rupert, pour compenser la
perte des frayères due à la modification du débit de la rivière ou à la
construction des ouvrages hydrauliques. L’intégrité physique et
l’utilisation par les géniteurs des frayères aménagées feront partie du
programme de suivi. Dans l’éventualité où les objectifs fixés ne seraient
pas atteints, le promoteur devra mettre en place des mesures correctrices.
Dans le cas de l’esturgeon jaune, les onze frayères de
l’espèce situées en aval du barrage de la rivière Rupert devront faire
l’objet d’un suivi de leur utilisation. Une aire de fraie de l’espèce située
au PK 290 sera réaménagée, afin de tenir compte des nouvelles conditions
d’écoulement qui prévaudront à cet endroit. Des esturgeons jaunes juvéniles
seront ensemencés sur une soixantaine de kilomètres en aval du lac Nemiscau
afin de faciliter le rétablissement de la population de ce secteur, dont
l’effectif est faible. De plus, un programme de promotion de
l’enregistrement volontaire des captures d’esturgeon jaune en aval du PK 314
de la rivière Rupert devra être planifié et réalisé en collaboration avec
les usagers concernés.
Les ombles de fontaine sont peu nombreux dans les 314
premiers kilomètres de la rivière Rupert. Lors des inventaires, l’espèce a
démontré une préférence pour les tributaires. Ainsi, quatre tributaires de
la rivière Rupert, situés au droit des PK 41, 191, 265 et 311, seront
aménagés afin d’en rehausser leur potentiel.
La gestion adaptative des débits réservés écologiques, qui
consiste à modifier les valeurs ou les périodes mêmes de ce régime, fait
partie intégrante de la conception du projet. Cette façon de gérer les
débits réservés sera appliquée au cisco de lac anadrome, en plus des
meuniers rouge et noir, de l’esturgeon jaune, du doré jaune et du grand
corégone. Ces espèces ont été choisies car elles font l’objet d’une pêche de
subsistance par les communautés cries, elles sont retrouvées dans tout le
secteur à débit réduit et elles se reproduisent dans des milieux qui sont
plus sensibles à une modification des débits. Différents mécanismes seront
mis en place afin d’analyser les résultats de chaque année de suivi de la
faune piscicole et le Ministère, dans le cadre de la procédure d’évaluation
et d’examen des impacts, devra autoriser tout changement au régime de débits
réservés.
2) Secteur des biefs Rupert
Les eaux de la rivière Rupert seront dérivées vers le nord, amenant la
création de deux biefs reliés par un tunnel : le bief amont au sud, et le
bief aval au nord. La conception des ouvrages hydrauliques et de retenue,
soit quatre barrages, huit canaux et 75 digues, a été optimisée afin de
réduire au minimum les superficies ennoyées.
Après la mise en eau, d’une durée d’environ un mois, les
différents lacs et cours d’eau du secteur seront interconnectés et ne
formeront qu’un seul plan d’eau. Les données des suivis réalisés au complexe
La Grande ont permis d’observer un phénomène de dilution des populations de
poissons immédiatement après la mise en eau des réservoirs. Ce phénomène
contribuera temporairement à la diminution des rendements de pêche.
Toutefois, la décomposition de la matière organique ennoyée se traduira par
une augmentation de la productivité primaire, profitable aux poissons.
Ainsi, les rendements de pêche augmenteront graduellement au cours des deux
à six années suivant la mise en eau. Dix à quinze ans après cette dernière,
les communautés de poissons du bief amont ressembleront à celles d’un lac
naturel, tel le lac Mesgouez. L’augmentation de la superficie aquatique,
dans les biefs Rupert, se traduira par une augmentation de la biomasse de
poissons d’environ 500 tonnes, répartie surtout parmi les espèces dominantes
dont le doré jaune, le meunier noir, le grand brochet et le grand corégone.
Le touladi est reconnu comme une espèce qui a de la
difficulté à s’adapter aux conditions qu’offrent les réservoirs, notamment à
cause du marnage hivernal qui exonde les frayères. Toutefois, le marnage
hivernal moins prononcé des biefs Rupert pourrait contribuer au maintien des
populations. De plus, l’aménagement de frayères à l’extérieur du cours
principal des biefs, où le marnage sera très faible, permettra à l’espèce de
se maintenir dans certaines zones.
Les conditions hydrauliques qui prévaudront dans le bief
amont seront favorables à l’alimentation de l’esturgeon jaune. À plus long
terme, l’esturgeon jaune du bief amont devrait également coloniser le bief
aval par dévalaison. Toutefois, les deux sites de fraie utilisés par cette
espèce, près du lac Mesgouez et dans la rivière Misticawissich, seront
ennoyés lors de la mise en eau.
On retrouve l’omble de fontaine de souche Rupert dans tout
le bassin versant de la rivière Rupert, du lac Mistassini à l’embouchure de
la rivière Rupert, y compris dans les rivières Lemare et Misticawissich et
plusieurs lacs et cours d’eau du secteur des biefs. Lors de la mise en eau
des biefs Rupert, l’intégrité génétique de la souche sera préservée. Bien
que dans les biefs, il y aura une diminution de l’abondance de l’omble de
fontaine, à l’échelle du bassin versant de la rivière Rupert l’impact du
projet sur l’espèce sera de faible amplitude et ne mettra pas en péril sa
pérennité.
Dans le cadre de la procédure nordique d’examen des impacts,
le promoteur devra faire approuver par le Ministère son programme de suivi
de la faune piscicole et de son habitat. Les frayères aménagées feront
l’objet du même type de suivi que celui qui sera effectué sur ces
aménagements dans la rivière Rupert. La communauté de poissons, ainsi que la
dynamique des populations piscicoles, seront également inclus dans le
programme de suivi. Ceci permettra de vérifier les prédictions concernant
les biomasses de poissons et l’abondance des espèces et d’ajuster au besoin
les mesures d’atténuation. Il devra également procéder à un suivi de l’omble
de fontaine entre le lac Mistassini et le lac Mesgouez. De plus, le
promoteur devra réaliser un plan de communication des résultats des suivis.
De nouvelles frayères seront aménagées, pour le touladi,
dans les lacs Des Champs, RP062, RP030 et Cabot. Ces aménagements feront
l’objet d’un suivi de leur utilisation par les géniteurs. Si les frayères
aménagées s’avéraient inefficaces, des aménagements devraient être
construits, après autorisation par le Ministère dans le cadre de la
procédure nordique d’examen des impacts, dans de nouveaux plans d’eau plus
favorables aux populations. Le programme de suivi devra également comporter
un suivi des conditions physico-chimiques des lacs RP062 et Des Champs.
Tout comme pour le touladi, deux frayères qui seront
aménagées pour l’esturgeon jaune dans le bief amont. De plus, une frayère
multispécifique propice à la fraie de l’esturgeon jaune sera également
aménagée dans ce secteur. Toutes les frayères aménagées dans les biefs
feront l’objet d’un suivi de leur intégrité physique et de leur utilisation
par les géniteurs.

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