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La gestion de leau au QuébecDocument de consultation publique (suite)Les eaux de surface
Les eaux de surfaceLétat et le statutAu Québec, leau est abondante. Les eaux douces renouvelables constituent le tiers des ressources en eau de lensemble du Canada et à peu près 3 % de lensemble des ressources de la planète. Considérant sa faible population, le Québec jouit de ressources en eau qui, per capita, sont parmi les plus importantes du monde et qui correspondent à huit fois la moyenne mondiale. Leau est donc omniprésente sur le territoire québécois, qui compte plus de 4 500 rivières et dun demi-million de lacs. Labondance de cette ressource suppose dailleurs des précipitations importantes, notamment plus de 750 millimètres deau chaque année dont 80 % retournent à la mer par le réseau hydrographique. Au Québec, le prélèvement deau de surface ne représente
quun très faible pourcentage du volume brut annuel deau disponible, soit
0,5 %. Les municipalités accaparent 49 % de ce prélèvement et le secteur
manufacturier 46 %. Les besoins des mines et de lagriculture sont imputables
pour environ 5 % du prélèvement. Il est à noter que beaucoup dentreprises,
comme celles du secteur des aliments et boissons, sont très dépendantes de leau
pour leurs procédés de production et comme intrant dans les produits.Le Code civil du Québec confère à leau de surface un statut de bien commun. Ainsi, un propriétaire riverain peut y accéder et sen servir. Toutefois, il doit rendre au cours deau les eaux utilisées sans modification majeure. Il doit également éviter de priver les autres riverains des mêmes droits dusage. Lencadrement juridique de la gestion de leau est complexe. Les différents ordres de juridiction ont adopté les mesures nécessaires au bon fonctionnement de la société. Cest ainsi quen plus du Code civil du Québec, des lois et des règlements régissent les multiples usages de leau. Ces lois et règlements, de compétence provinciale, municipale ou fédérale sont administrés par de nombreux acteurs publics3 : ministères fédéraux et provinciaux, municipalités, municipalités régionales de comté et communautés urbaines. Un enjeu socio-économiqueLeau constitue un enjeu socio-économique. Les quelques exemples suivants des usages de leau au Québec permettent den apprécier toute limportance.
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Figure 1 : La qualité de l'eau des rivières au Québec (1995-1997) |
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Globalement, on constate maintenant que leau au Québec est de qualité relativement bonne par rapport à la situation observée dans la plupart des pays industrialisés. Toutefois, avec le temps, dautres problématiques environnementales ont pris de lacuité, notamment la pollution dorigine diffuse et la pollution toxique. Ainsi, des substances toxiques, des pesticides et des teneurs élevées en éléments nutritifs sont encore mesurés dans certaines rivières. Un indice de la qualité de leau, développé à partir de la fourchette de valeurs observées au Québec, révèle que dans les têtes de bassin et dans les régions périphériques, la qualité de leau est généralement bonne (voir figure 1).
Cest dans le sud-ouest du Québec, et plus particulièrement dans les bassins agricoles des basses-terres du Saint-Laurent, que la qualité de leau est la moins bonne, principalement à cause de la pollution diffuse résultant de lutilisation des engrais, des pesticides et des rejets des animaux. Létude des communautés biologiques et de la qualité de la bande de végétation riveraine a également mis en évidence limpact des activités agricoles. Toutefois, on doit faire état des efforts réalisés récemment dans ce domaine, notamment en 1997 avec le nouveau Règlement sur la réduction de la pollution dorigine agricole ainsi que le Programme daide à linvestissement en agroenvironnement doté dun budget de 400 millions de dollars.
La contamination de lenvironnement par les substances toxiques ne doit pas non plus être négligée. Les données indiquent que cette contamination a diminué considérablement depuis les années 1970, mais quelle demeure souvent significative.
Concernant lacidification des lacs, les données provenant du réseau spatial de surveillance des lacs du Québec, recueillies dans plus de 1 500 lacs, ont permis de déterminer que près de 20 % de ceux-ci étaient acides et quun lac sur deux était susceptible de subir des dommages biologiques liés à lacidification des eaux de surface. Le problème des précipitations acides est loin dêtre réglé, mais les réductions récentes des émissions de dioxide de soufre (SO2) laissent entrevoir une amélioration partielle de la qualité des écosystèmes affectés.
Dans le Saint-Laurent, la qualité de leau sest améliorée en réponse aux interventions dassainissement réalisées au cours des dernières années. Par exemple, la quantité de coliformes fécaux à la hauteur de Contrecoeur a diminué considérablement à compter de 1992 quand la station dépuration des eaux usées de la Rive-Sud a été mise en service (figure 2). Plusieurs variables (phosphore, coliformes, matières en suspension, azote ammoniacal) présentent dailleurs des baisses significatives pour la période 1990-1997.
La concentration des coliformes fécaux dans l'eau du
fleuve Saint-Laurent à Contrecoeur (1990-1997)

On observe tout de même une différence marquée de la qualité de leau entre le lac Saint-Louis, où leau est de très bonne qualité, et le fleuve en aval de Montréal. On peut notamment suivre jusquà la hauteur de Bécancour, dans le centre du fleuve et le long de la rive nord, la trace microbiologique de leffluent de la station dépuration de la Communauté urbaine de Montréal. Même si globalement sa qualité de leau est meilleure que celle de la plupart des grands fleuves du monde, le fleuve Saint-Laurent est toujours soumis à des apports de contaminants entraînant des limitations dusage dans certains secteurs.
Un des usages
les plus importants de leau de surface est sans aucun doute son utilisation comme
source dalimentation en eau potable. Au Québec, les réseaux municipaux deau
potable distribuent à 5,5 millions de personnes de leau qui provient de cours
deau. Ainsi, 45 % de la population est alimentée par leau du fleuve
alors que 35 % est alimentée par leau des lacs et des rivières. Quoique
leau subisse généralement un traitement complet avant sa distribution aux
consommateurs, 250 réseaux distribuent une eau de surface simplement chlorée alors
quenviron 25 réseaux distribuent une eau de surface sans aucun traitement.
Leau dalimentation distribuée est généralement de bonne qualité. Ainsi, 75 % des réseaux distribuent en tout temps une eau respectant les normes bactériologiques du Règlement sur leau potable. Les dépassements observés napparaissent souvent quune seule fois par année et les consommateurs visés sont informés par lémission dun avis public qui recommande de faire bouillir leau.
De 1989 à 1995, 24 épidémies, principalement des gastro-entérites, liées à la consommation deau de surface ont été signalées au réseau de la santé publique, affectant plus de 800 individus. Ces cas ne représentent par ailleurs quune fraction du nombre total déclosions dorigine hydrique, car de nombreux cas ne sont pas détectés, ni signalés au réseau de la santé publique et échappent ainsi à la surveillance épidémiologique.
Mentionnons par ailleurs, que 97 % des réseaux respectent les normes chimiques qui font lobjet dun contrôle réglementaire.
Les eaux du Québec sont souvent naturellement colorées. La chloration dune eau colorée engendre la formation de sous-produits du chlore reconnus cancérogènes pour lanimal, et suspectés cancérogènes pour lhumain par lOrganisation mondiale de la santé et le Centre international de recherche sur le cancer. Une trentaine de réseaux distribuent à 100 000 personnes une eau qui dépasse les recommandations nationales et internationales pour les sous-produits du chlore. Enfin, les concentrations de lherbicide atrazine utilisé au début de lété dans la culture du maïs peuvent dépasser temporairement la recommandation canadienne dans une douzaine de réseaux.
Les usages de leau de surface, outres les activités de prélèvement, sont nombreux et diversifiés (baignade, navigation, pêche, chasse, villégiature, etc.). Certains usages nont pas encore été récupérés dans plusieurs secteurs. Par exemple, la baignade dans le fleuve Saint-Laurent demeure une activité encore très restreinte dans certaines zones, notamment à cause des risques pour la santé. Il en va de même pour la plupart des activités nautiques à contact direct. Leutrophisation de certains plans deau a également pour effet damoindrir de façon importante leur potentiel récréatif.
Considérant le nombre dintervenants dans le domaine de la gestion de leau au Québec ainsi que la multiplicité de leurs interventions, lintégration sur le plan local de celles-ci apparaît de plus en plus complexe et laborieuse. Dans de très nombreux pays, on retient, pour effectuer cette gestion, léchelle du bassin versant comme référence géographique et la concertation des usagers et des gestionnaires comme outils de planification et daction. Lorganisation de cette gestion varie dun pays à lautre et reflète, pour lessentiel, la nécessité dagir sur létat de la ressource ou sur la culture organisationnelle de ces sociétés, ou sur les deux.
Au Québec, dans un contexte où létat de la ressource est généralement bon, on dénombre quelque 50 organismes qui ont vu le jour au cours des années dans un but de gestion de leau à léchelle des plans deau. Généralement mises sur pied dans une perspective de protection ou de récupération des usages, ces initiatives locales ou régionales prennent des formes variées. Cependant, elles reposent pratiquement toutes sur lintérêt des résidents du bassin ou des riverains du plan deau pour une meilleure gestion de la ressource et elles misent sur la concertation des usagers et des gestionnaires pour y parvenir. Mentionnons lexistence du Réseau des organismes de rivières du Québec (Réseau dOR), qui regroupe une vingtaine dorganismes oeuvrant dans ce domaine et qui privilégient une approche de gestion par bassin versant.
À propos de cette approche, le gouvernement du Québec à signé à Mexico, en mars 1996, son adhésion à la charte du Réseau international des organismes de bassin, ce qui a concrétisé son engagement à adhérer aux principes de la gestion des eaux par bassin versant, telle quelle se pratique dans de nombreux pays du monde. Plus concrètement, le gouvernement a été linstigateur dun projet pilote sur la gestion intégrée de leau par bassin versant. À cet effet, un comité composé de 23 représentants du bassin de la rivière Chaudière a été constitué pour concevoir un premier schéma directeur de leau et proposer une stratégie pour sa mise en uvre. Le Comité de bassin de la rivière Chaudière (COBARIC) déposera son rapport à la fin 1999.
Nos connaissances scientifiques sur leau et les écosystèmes aquatiques se sont considérablement étoffées depuis vingt ans grâce en particulier aux différentes activités de surveillance du ministère de lEnvironnement. Un réseau de base constitué de 350 stations réparties dans les 40 bassins les plus importants du sud du Québec est échantillonné régulièrement et permet de rendre compte de la qualité de leau tant sur le plan spatial que temporel. Cette connaissance de niveau général est axée sur des paramètres classiques comme la
demande biologique en oxygène, les matières en suspension, les nitrates, le phosphore, les coliformes et certains toxiques. Ces données sont nécessaires pour évaluer soit lévolution de la qualité de leau, soit limpact dune source de pollution, dun type dutilisation du territoire ou dune intervention dassainissement.
En ce qui a trait aux substances toxiques, les préoccupations relatives à leur présence dans lenvironnement ont entraîné la mise sur pied dun programme de surveillance des contaminants dans la chair des poissons dintérêt sportif dans les lacs et les rivières du Québec. De plus, le Ministère réalise un programme de mesure des contaminants dans leau et les sédiments. Enfin, des données sont recueillies par secteur dactivité, sur les pesticides utilisés en milieu agricole, notamment dans les secteurs de culture de la pomme de terre et du maïs de même que dans celui des vergers de pommiers.
Quant à laspect quantitatif, mentionnons lexistence du Réseau de mesures hydrologiques. Le réseau actuel compte près de 250 stations de mesure de niveau deau ou de débit réparties sur environ 200 lacs et cours deau. La responsabilité du réseau est partagée entre divers organismes comme les ministères provinciaux, le gouvernement fédéral, des sociétés dÉtat et certaines compagnies privées.
Tout compte fait, les données recueillies sur leau de surface sont nombreuses et diversifiées, que ce soit au niveau de sa qualité ou de sa quantité. Toutefois, elles sont incomplètes pour certains aspects, notamment en ce qui a trait aux quantités deau prélevée, à la qualité des effluents industriels et des émissaires deau de pluie ou encore au suivi des lacs soumis aux pressions du développement urbain et agricole.
Considérant ces renseignements, certaines préoccupations peuvent être soulevées, soient :
- laspect de leau?
- au goût de leau?
- à lodeur de leau?
- à sa contamination potentielle par des produits toxiques?
- ou à sa contamination microbiologique?
3 On trouvera à l'annexe 3 un résumé des rôles assumés par ces intervenants.
4 Certaines entreprises de ce secteur s'alimentent à partir d'eau souterraine.