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Les aires protégées au Québec :
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PAUL BÉGIN |
GUY CHEVRETTE |
JACQUES BRASSARD |
Le Québec compte quelque 1 100 sites naturels qui répondent à la définition suivante dune aire protégée : « une portion de terre, de milieu aquatique ou de milieu marin, géographiquement délimitée, vouée spécialement à la protection et au maintien de la diversité biologique, aux ressources naturelles et culturelles associées ; pour ces fins, cet espace géographique doit être légalement désigné, réglementé et administré par des moyens efficaces, juridiques ou autres ».
Lensemble de ces milieux naturels sont réglementés et gérés en fonction de 17 désignations juridiques ou administratives différentes. Parmi ces appellations, mentionnons les habitats fauniques, les parcs nationaux, les parcs québécois, les réserves écologiques, les rivières à saumon, etc. Tous ces statuts de protection se rattachent à lune ou lautre des six grandes catégories internationales daires protégées définies en 1994 par lUnion mondiale pour la nature (UICN).
Le Québec conserve ainsi environ 2,8 % de son territoire sous la forme daires protégées.
Bénéfices des aires protégées
Une aire protégée vise avant tout la conservation des espèces et de leur variabilité génétique ainsi que le maintien des processus naturels et des écosystèmes qui entretiennent la vie et ses diverses expressions.
Les aires protégées ne sont pas le seul mécanisme de sauvegarde de la biodiversité, mais elles constituent certainement la pierre angulaire dont chaque gouvernement doit tenir compte pour latteinte des objectifs de maintien et dutilisation durable de la biodiversité, de même que pour la réalisation de ses engagements par rapport à la Convention sur la diversité biologique.
Les espaces protégés procurent des bénéfices de première importance sur le plan écologique, comme la production doxygène, la création et la protection des sols, labsorption et la réduction des polluants, lamélioration des conditions climatiques locales et régionales, la conservation des nappes aquifères, la régularisation et la purification des cours deau. Cest le moyen le plus sûr et le moins coûteux de protection des espèces et des milieux.
Les aires protégées sont des laboratoires en milieu naturel. Elles permettent en tout temps dobtenir des données uniques sur le fonctionnement des écosystèmes et sur les espèces. Elles sont aussi des lieux par excellence pour la récréation de plein air favorisant un bien-être physique et mental.
Sur le plan économique, les aires protégées favorisent la diversification des économies locales et régionales. Elles contribuent à sauvegarder un potentiel biologique qui constitue une ressource naturelle renouvelable à la base du maintien dactivités telles que la chasse, la pêche et le piégeage. De façon très significative, elles soutiennent lindustrie touristique et lindustrie écotouristique, qui sont en plein essor.
De plus, elles représentent actuellement des constituantes importantes de la gestion durable des forêts.
Enjeux dune stratégie sur les aires protégées
Le Québec doit adopter une approche nouvelle, intégrée, unifiée, cohérente et susceptible dêtre partagée par tous :
pour augmenter sensiblement la contribution du Québec à leffort international en faveur des aires protégées, effort qui équivalait en 1996 à une superficie moyenne de lordre de 8,8 %;
pour garantir au réseau québécois daires protégées une bonne et adéquate représentation déchantillons de toute la diversité biologique du Québec;
pour développer une vision intégrée et concertée du réseau québécois daires protégées;
pour partager un même cadre écologique de référence permettant dévaluer la biodiversité du Québec à divers niveaux de perception afin dapprécier la contribution de chaque aire protégée à la conservation de la diversité biologique et de planifier les interventions futures;
pour intégrer les aires protégées dans un processus daménagement du territoire et dutilisation durable des ressources.
Cette approche devrait permettre :
daffirmer limportance et la place des aires protégées comme un des moyens de sauvegarde de la biodiversité et de soutien au développement local et régional, notamment en fonction de nouvelles activités économiques telles que le tourisme et lécotourisme, ainsi que de maintien des bénéfices financiers actuels découlant de lexploitation de la biodiversité ;
de déterminer les choix et les actions prioritaires de création des aires protégées en vue de latteinte des objectifs de conservation et de développement durable de la Stratégie québécoise sur la diversité biologique ;
de situer laction gouvernementale en matière daires protégées, dharmoniser les actions du Québec et de faciliter la contribution des partenaires privés à la réalisation des objectifs daugmentation du nombre, de la superficie et de la qualité des aires protégées ;
finalement, daccroître sensiblement leffort du Québec à léchelle mondiale pour la sauvegarde de la biodiversité par les aires protégées.
Pour atteindre ces objectifs, le Québec doit réaliser ses interventions selon trois grands enjeux.
Premier enjeu : Bâtir sur les acquis et sinscrire dans une approche réseau
Le Québec dispose déjà dun ensemble de moyens législatifs et administratifs appropriés pour la création de nouvelles aires protégées. Il possède maintenant une meilleure connaissance de sa diversité biologique et détient de linformation sur certains milieux naturels qui devraient faire lobjet dune protection. Par ailleurs, en plus davoir créé plusieurs aires protégées, il a eu la prudence de mettre certains territoires sous réserve à cette fin.
Au-delà de ces acquis, le défi qui se présente est dadopter une vision unifiée, un cadre dintervention plus harmonisé pour le développement de nos aires protégées. Il faut maintenant actualiser le concept de « réseau intégré », selon lequel chaque partie, tout en gardant ses caractéristiques propres, contribuera à latteinte dobjectifs communs de protection de la biodiversité représentative du Québec, utilisera des connaissances communes et sinscrira dans un cadre dintervention axé sur la complémentarité des actions et le partage des responsabilités.
Deuxième enjeu : Augmenter sensiblement le nombre, la superficie et la représentativité des aires protégées
Dici 2005, le Québec sest donné comme objectif datteindre une superficie en aires protégées de lordre de 8 %.
Par ailleurs, la présence déchantillons représentatifs de toute la diversité biologique du Québec constitue un objectif à réaliser. Il faudra que ce réseau soit axé sur la protection déchantillons représentatifs de sa diversité biologique.
Troisième enjeu : Promouvoir une solidarité collective à légard des aires protégées
Promouvoir une solidarité collective à légard des aires protégées chez les citoyens et les responsables publics et privés du développement et de la gestion des ressources et du territoire constitue la façon de garantir au Québec un réseau daires protégées plus étendu, intégré, de qualité et répondant aux aspirations de tous. Cette solidarité devrait faire en sorte que les aires protégées deviennent un défi collectif pour la société québécoise tout entière et une réalisation de grande fierté.
Face à la nécessité daméliorer la situation des aires protégées au Québec, le gouvernement a décidé dun ensemble de principes et dorientations stratégiques globales en cette matière. Ces engagements se résument comme suit.
Le gouvernement mandate le ministre de lEnvironnement pour coordonner les travaux dun comité interministériel chargé de la préparation dun projet de stratégie québécoise sur les aires protégées. Ce projet devra être déposé conjointement avec le ministre responsable de la Société de la faune et des parcs et le ministre des Ressources naturelles auprès du gouvernement pour adoption dici un an.
En 1998, le ministère de lEnvironnement et de la Faune (aujourdhui le ministère de lEnvironnement) a amorcé, en collaboration avec des groupes de travail interministériels, une réflexion par rapport aux aires protégées. Il a déjà préparé un répertoire et une cartographie sur les aires protégées du Québec, défini les constats et les enjeux et identifié les mesures actuelles dintervention en matière daires protégées.
Lélaboration dune stratégie sur les aires protégées exigera une étroite collaboration de tous les ministères et organismes concernés. Un comité interministériel coordonné par le ministère de lEnvironnement sera créé à cette fin. Outre le ministère de lEnvironnement, ce comité comprendra notamment la Société de la faune et des parcs et le ministère des Ressources naturelles.
Pour orienter la rédaction du projet de stratégie sur les aires protégées, le gouvernement adopte les principes et orientations stratégiques globales suivants.
Reconnaître officiellement limportance, sur les plans écologique, économique et social, des aires protégées et de leurs bénéfices pour lensemble du Québec
Cest une police dassurance sur la nature que prend le Québec pour réaliser ses objectifs et ses engagements concernant la sauvegarde de la diversité biologique et le développement durable.
Ladoption dune stratégie sur les aires protégées constitue une assise pour maintenir un accès ouvert aux marchés extérieurs pour ses ressources biologiques.
Adopter des objectifs et des mesures en vue de lexpansion du réseau actuel des aires protégées :
augmenter, dici lan 2005, la superficie en aires protégées, de manière à atteindre une représentation de lordre de 8 % du territoire du Québec ;
compléter les planifications actuelles et réaliser les engagements antérieurs, pris lors de la mise en réserve de territoires à des fins de création daires protégées ;
veiller à ce que les aires protégées soient axées sur la sauvegarde déchantillons représentatifs de la diversité biologique, telle que définie par un cadre écologique de référence. De cette façon, le gouvernement sassure que le réseau daires protégées visera à sauvegarder adéquatement la diversité biologique représentative du Québec.
Le réseau des aires protégées du Québec sera axé sur la sauvegarde déchantillons représentatifs de la diversité biologique, tant terrestre, aquatique, estuarienne que marine.
Le réseau devra aussi sintéresser à la sauvegarde des milieux fragiles ou exceptionnels et aux habitats despèces menacées ou vulnérables.
Intégrer les aires protégées dans tous les processus daffectation du territoire, dallocation de ressources, de droits et de privilèges liés au territoire et de ressources à caractère public
Le gouvernement devra sassurer que les plans daffectation des terres du domaine public, les schémas daménagement, les planifications stratégiques régionales, les allocations de droits et de ressources prendront en considération la nécessité détablir au Québec un réseau daires protégées.
Mettre à contribution les principaux intervenants et les organismes concernés pour lélaboration dun projet de stratégie sur les aires protégées. La participation des communautés autochtones sera aussi sollicitée pour la rédaction de ce projet. Avant la présentation du projet au gouvernement, une consultation sera tenue
Intensifier les efforts pour faciliter la conservation daires protégées en terres privées par les individus, les organismes non gouvernementaux de conservation et le secteur privé en général.
Voir à ladoption de législations en soutien aux efforts du secteur privé.
Identifier les moyens de mise en uvre de la stratégie et les impacts financiers et économiques associés à son implantation
Ladoption dune stratégie sur les aires protégées constitue un investissement important que le Québec compte faire afin de réaliser des bénéfices denvergure, même si certains peuvent paraître intangibles à première vue. Ces investissements pourraient se faire notamment dans les secteurs qui suivent :
Perfectionnement de la connaissance écologique nécessaire pour la validation des choix actuels de sites à protéger et létablissement de nouvelles priorités.
Consultation et concertation de la population et des groupes dintérêt.
Mise en réserve de certains territoires publics aux fins de création daires protégées.
Accélération de la création daires protégées déjà planifiées ou daires déjà réservées à cette fin.
Adoption de mesures pour favoriser la participation de la population à la protection de sites naturels en milieu privé.